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Pour chaque policier tué, nous espérons tuer dix criminels. Dans le cadre de la loi, bien sûr. " Bien sûr... Nous sommes en 1991. Vladimir Poutine, alors en charge des forces de l'ordre de Saint-Petersbourg, justifie ainsi les pratiques cruelles de la police. Huit ans plus tard (alors qu'il est Premier ministre), à propos des terroristes tchétchènes : "On les butera jusque dans les chiottes, s'il le faut".

Toujours la même logique. La grossièreté en prime.

C'est un portrait sinistre, et même effrayant, que dépeint du président russe "Le système Poutine". Un film de Jean-Marie Carré aux allures de thriller, aux propos édifiants. Une biographie construite à grand renfort de témoignages de proches, mais aussi d'exilés, entrecoupée d'archives et de plans d'oeuvres picturales irrévérencieuses aux accents oniriques. Elle débute alors que Vladimir est adolescent. Il se passionne pour les services de renseignements, à travers le cinéma. Fasciné par des films de l'époque stalinienne, qui relatent les exploits de glorieux agents du KGB. A 16 ans, Vlad se rend au siège de l'organisation de Saint-Petersbourg, pour qu'on l'y engage. Un coup dans l'eau : on lui fait savoir que c'est le KGB, et lui seul qui décide d'intégrer quelqu'un. Toutefois, on lui glisse qu'il serait bénéfique pour le jeune Poutine d'étudier le droit. Il potasse donc ses codes et ses précis.

A 23 ans, il intègre les services de renseignement... Poutine démissionnera quand le vent tournera, quand le peuple criera son horreur du communisme, puissant grâce au KGB. Mais il gardera le bras long, tout en posant ses pénates à la mairie de Saint-Petersbourg. C'est le début de son ascension politique.

Une hydre tentaculaireIl deviendra président de Russie, d'abord ad intérim, le 31 décembre 1999. Et se fera réélire en 2004, sur un score quasi stalinien. Entre-temps, un système Poutine s'est installé : mainmise sur les médias, l'énergie (il n'hésite pas à couper le robinet qui alimente ses voisins, pour faire pression sur eux), réduction des pouvoirs de l'opposition...

Le film retrace les scandales qui ont émaillé ses mandats : la tragédie de Beslan, celle du Koursk... Des drames en images, toujours aussi difficiles.

Il est décidément très infréquentable, Vladimir Poutine, même si la Russie exsangue lui doit en partie son redressement économique post-communisme. Les critiques de son régime, de temps en temps démocratique, de temps en temps totalitaire, n'y font rien : les dirigeants du monde entier se mettent en file indienne pour lui faire des courbettes.

Si la constitution russe n'est pas modifiée, Poutine ne pourra pas briguer de troisième mandat présidentiel. En 2008, s'entend. Parce que rien ne s'oppose à ce qu'il remette le couvert en 2012, ou même avant, qui sait. Et puis, ce n'est pas parce qu'il cède son bureau au Kremlin qu'il quitte le pouvoir. Il vient d'annoncer qu'il acceptait de diriger la liste Russie Unie aux législatives du 2 décembre. Et qu'il se verrait bien Premier ministre. "Le système Poutine", c'est celui de l'hydre. Des têtes par milliers, qui repoussent, inlassablement. Un film stupéfiant.