Médias/Télé " Radiateur à ciel ouvert", technologie dépassée… " L ors de mon premier mandat au Conseil d’administration en 1995, on avait déjà évoqué la vétusté des locaux de la RTBF", indique Jean-François Raskin, président (CDH) du conseil d’administration de la RTBF . " On avait même pensé à rénover, voire déménager à Wavre. Vingt ans plus tard, on a finalement décidé de reconstruire."

Coût de l’opération ? 150 millions d’euros (dont 50 millions réservés aux équipements technologiques et aux nouveaux outils de production). Le nouveau siège sera financé en partie sur fonds propres et en partie par des emprunts bancaires. Les demandes de permis seront déposées en 2017. Le démarrage des travaux est prévu pour fin 2018.

Un quartier entier redessiné

Le siège du service public, sis Boulevard Reyers à Schaerbeek, sera vendu et rasé dès que le nouveau bâtiment sera opérationnel. Soit à l’horizon 2020 - voire 2021. Celui-ci sera construit sur le même site, derrière l’actuel bâtiment. Il sera deux fois moins grand (38 000m² hors sols contre 80 000m² auparavant) mais plus "compact" et "modulable", insiste Jean-Paul Philippot, l’administrateur général. "Cela va considérablement changer la manière de travailler des 1300 collaborateurs de l’entreprise à Bruxelles." (lire ci-contre).

La nouvelle construction sera également plus performante d’un point de vue énergétique. "A surfaces égales, nos frais de fonctionnement seront ainsi réduits de moitié. Cela nous coûtera quatre fois moins cher d’exploiter ces nouvelles installations."

Baptisé "Reyers 2020", le projet s’inscrit dans un plan de réaménagement beaucoup plus large. En l’occurrence, celui de MediaPark qui concerne le quartier Reyers/Meiser.

Copopriétaire (avec la VRT) des 20 hectares du site, la RTBF a revendu l’ensemble de ses terrains pour en partie financer les travaux. A charge pour la Région de Bruxelles-Capitale, la commune de Schaerbeek et leur maître d’ouvrage délégué (Agence de développement territorial) de développer un véritable pôle média autour de la RTBF et de la VRT d’ici 2030.

Mobilité en question

Autour des deux entreprises publiques, s’articuleront 3 000 nouveaux logements, des équipements et services de proximité (crèche, école, commerces…), des surfaces pour de nouvelles entreprises, des écoles supérieures (Ihecs, Inraci, etc.) et des équipements publics liés au secteur des médias.

La mobilité (déjà difficile dans cette région de la capitale), ne "souffrira pas de la construction d’un nouveau bâtiment qui sera par ailleurs plus petit", assure Jean-Paul Philippot. Il renvoie la patate chaude au politique, actuellement responsable du projet Mediapark et du développement de ses 3 000 nouveaux logements.

BX1 (ex-Télé Bruxelles), qui devait intégrer les nouvelles installations de la RTBF pour renforcer les synergies (conformément aux obligations du contrat de gestion de deux entreprises publiques), ne mutualisera finalement pas ses moyens avec la RTBF. Il semblerait toutefois que BX1 s’installe sur le site, dans ses propres locaux, "à quelques pas de la RTBF".

De son côté, la VRT a également désigné le concepteur de son nouveau bâtiment en janvier dernier. Celui-ci devrait sortir de terre plus ou moins à la même période que celui de la RTBF.


Un "Palais" tout en transparence

C’est le plus grand projet architectural de la Communauté française : 150 millions d’euros et 38 000 m² pour le siège futur de la RTBF, à l’arrière de son site actuel situé boulevard Reyers. Ouverture prévue en 2021.

La RTBF avait lancé un concours international où il y eut 47 dossiers déposés et, ensuite, il y a un an, le Conseil d’administration sélectionna cinq bureaux pour présenter une esquisse approfondie : BIG (Bjarke Ingels Group) de Copenhague associé au belge Synergy; les Français Lacaton&Vassal; les Belges MDW et V +; les Belges Office Kersten Geers David Van Severen et enfin, le Français Rudy Ricciotti associé au belge l’Escaut. Une compétition de haut niveau.

Le choix s’est porté sur les bureaux V + ("Vers plus de bien-être") et MDW architecture en association momentanée avec Tractebel Engineering. L’administrateur-général de la RTBF se réjouit que ce soient des architectes belges francophones même si ce critère n’a pas joué (et ne le pouvait d’ailleurs pas).

Le bureau V + par Jörn Aram Bihain et Thierry Decuypere (un ancien de chez L’Escaut) vient d’avoir une exposition à Bozar, et parmi ses réalisations, il y a le cinéma de la Sauvenière à Liège et le centre de mode et de design Mad à Bruxelles. MDW architecture, dirigé par Marie Moignot et Xavier De Wil, a également de nombreuses réalisations à son actif.

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Pas d’effet de manche

Le projet gagnant se caractérise par sa volonté de grande transparence avec ses façades de verre et son intérieur largement ouvert et vitré. Une transparence demandée aujourd’hui symboliquement aux médias.

Les architectes ont d’emblée rejeté l’idée de faire "un geste architectural", de réaliser "une prouesse". "Nous avons voulu résister aux effets de manche et à la volonté de faire un bâtiment iconique, explique Thierry Decuypere.

Un bâtiment de sept étages seulement, parallélépipédique aux quatre façades de verre (parfois avec une double peau et des effets de "casquette" pour limiter l’impact du soleil). Le rez, avec l’agora et les studios, est largement ouvert sur la future place des médias et, de l’agora, on peut voir aux étages, les rédactions.

Les architectes prennent la référence du Palais Farnèse à Rome pour sa forme et son implantation sur l’espace public et, à la fois, la référence d’un bâtiment industriel généreux et ouvert. Avec des "cascades de jardins" aux étages, un toit-terrasse modulable et des aménagements "chaleureux" des bureaux.

Les architectes ont aussi veillé à atténuer l’effet de "bloc" en courbant légèrement les façades, en variant les hauteurs des étages et en séparant légèrement le "socle" du rez, des autres étages. Ils ont tenu compte du futur bâtiment de la VRT des architectes Robbrecht et Daem pour ne pas que les deux bâtiments tout proches, ne créent un effet de couloir, au cœur du futur Mediapark.

La fin de la "casa Kafka"

Au total, un bâtiment qui laisse la place d’abord à ses utilisateurs, qui se décline en subtilités, sans "bling bling", avec un souci de la lumière, de la convivialité, de l’ouverture, à la circulation claire. A l’opposé de "Casa Kafka" comme on surnommait parfois le bâtiment actuel.


Une "Newsroom" au cœur du projet

En un demi-siècle de radio et de télévision, les bâtiments de la RTBF ont vu passer toute une série d’innovations technologiques. Résultat : les locaux actuels ne sont plus du tout adaptés au travail de journalistes du XXIe siècle. Pour certains d’entre eux, chaque journée de travail peut prendre des allures de course à pied dans les interminables couloirs, les ascenseurs ou les cages d’escaliers sur une dizaine de niveaux. Le problème est particulièrement criant pour les journalistes de télévision qui voyagent quotidiennement entre une salle de rédaction, des locaux de montage et des studios tous situés à des étages différents.

Pour l’architecte Thierry Decuypere des bureaux V+, il n’y a aucune raison de jeter la pierre aux concepteurs de l’actuel bâtiment. "Ils se sont basés sur la mécanique de production des médias de l’époque. On parlait alors d’une machinerie assez complexe et segmentée, avec des bureaux et des studios séparés", souligne-t-il. Comme les moyens techniques actuels sont plus légers, on peut se passer d’une telle segmentation."

Concentrer les médias

Dans une logique à 360 degrés où radio, télévision et Internet collaborent, il était d’ailleurs essentiel de réunir toutes les fonctions de rédaction en un pôle central. Cette Newsroom, répartie sur les troisième et quatrième étages, sera visible dès l’entrée dans le bâtiment. Oubliés les ascenseurs obscurs et les rangées d’escaliers. Place aux courts trajets à pied en profitant de la lumière du jour.

Thierry Decuypere précise : "Nous avons fait le choix d’une double hauteur sous verrière. Cela permet une grande clarté pour les invités et il sera aussi possible d’observer les journalistes en plein travail." La configuration des lieux fait un peu penser - toutes proportions gardées - à celle de la BBC où les visiteurs ont une vue plongeante sur la salle de rédaction.

© Belga

Des studios "hybrides"

L’autre innovation se trouve du côté des studios. Le nouveau Reyers comprendra, bien sûr, des espaces dédiés spécifiquement à la radio et à la télévision. Mais il y aura aussi de la place pour des studios hybrides, à la frontière entre les deux médias. Dans le style de ce qui se fait déjà avec "C’est vous qui le dites" sur Vivacité et La deux.

"Tout ce que nous sommes en train de faire à l’heure actuelle, ce sont des laboratoires pour le futur, explique Jean-Paul Philippot. L’objectif est d’intégrer toutes nos expériences et nos acquis. Donc notamment cette forme d’hybridation. Il est certain que les espaces que nous aurons à l’avenir seront beaucoup plus polyvalents et convergents."