Médias/Télé

Jeudi, 20h passées, l’amateur s’installe dans son canapé pour découvrir "Les piliers de la terre" transposition en série du best-seller de Ken Follett. Un pur moment de bonheur puisque la RTBF, bonne voisine, lui propose la VO en prime sur La trois. Enfin, lui proposera car pour l’heure s’inscrit dans la lucarne "Wallons-nous", magazine culturel régional.

J’entends d’ici les critiques taxer de "bruxello-centrisme" toute tentative de remettre en cause le bien-fondé de cette programmation. Qu’à cela ne tienne, car on aimerait comprendre pourquoi ce qui fut possible pour "Mad Men" diffusé dès 21h05 en VO sur La trois, ne l’est plus pour "Les piliers de la terre" ? Et qu’on ne vienne pas prétexter qu’il est impossible de changer un rendez-vous pris avec le public car toutes les semaines, la valse des documentaires (dûment annoncés par la RTBF) nous fait tourner la tête.

Est-ce à dire qu’aux yeux de la RTBF la version wallonne prévaut sur la version anglaise et que notre patrimoine belge vaut plus que le patrimoine mondial ? (Le Moyen Age, la guerre de succession britannique, la chasse aux sorcières orchestrée par l’Eglise, autant de thèmes historiques qui peuvent intéresser un large public)

Difficile de croire que l’argument tienne sur le plan économique : "Wallons-nous" coûterait plus cher à produire que "Les piliers de la terre", série de calibre international, et nécessiterait donc une diffusion en prime time ? Est-ce l’argument de la proximité qui a joué en faveur de l’émission en langue régionale ou les (mauvais) chiffres de la VO de "Mad Men" seraient-ils la cause de cette relégation à 22h30, sur une chaîne censée s’en détacher ?

Le fan s’interroge, extrapole et s’abîme dans un océan de perplexité. Valoriser l’apprentissage des langues, comme s’y est engagée la RTBF, est-il un exercice réservé aux noctambules ? Et si on se place sur le plan du nécessaire rajeunissement de son public, l’hypothèse ne tient pas davantage. Qui pourra nous faire croire que le public de "Wallons-nous" est plus jeune que celui des "Piliers de la terre" en VO ?

Mais peut-être nous manque-t-il une clé pour comprendre et sans doute méconnaissons-nous la spécificité de ce public. On nous rétorquera sans doute qu’en matière de langues, nous n’y connaissons rien et que d’ailleurs nous ferions mieux de tenir la nôtre. Soit, mais la perplexité demeure.

Wallons-nous ? Je vous le demande