Médias/Télé

A peine sorti des études, Wilson Fache, 24 ans, a couvert la guerre contre l'Etat islamique en Irak en tant que correspondant installé à Erbil. A travers plusieurs médias internationaux, dont La Libre, le jeune journaliste belge a fait vivre le conflit de l'intérieur: les souffrances des populations locales, la situation dans les camps de réfugiés, les victimes collatérales... Wilson Fache est l'Invité du samedi de LaLibre.be.


Extraits:

Alors que Mossoul est sur le point de tomber, pourquoi êtes-vous à Bruxelles, et non en Irak ?

Comme beaucoup de confrères, je ne m'attendais pas à ce que la bataille dure si longtemps. Dès avril, j'avais prévu de rentrer au mois de juillet. C'est frustrant de ne pas voir l'épilogue parce que j'ai couvert cette bataille depuis le début. Mais pour un jeune journaliste, c'est aussi très intéressant de voir comment cela se passe depuis une rédaction à Bruxelles...

Comment vos proches ont vécu votre départ il y a deux ans ?

La première fois que j'ai décidé de partir en Irak, ma mère a pleuré. J'étais en stage de fin d'études à Beyrouth et, du Liban, je suis parti à Erbil, par curiosité, pendant trois semaines. Je me suis rapidement rendu compte que le sujet à couvrir était passionnant et qu'il y avait moyen d'avoir une vie là-bas. Mes proches me soutiennent, ils savent que c'est ce que je veux faire. Ils ne me considèrent pas comme une tête brûlée. Et puis je suis revenu régulièrement, j'ai fait des pauses tous les 2-3 mois pour déconnecter car c'est intense, très lourd.

Quelles sont les conditions de travail ?

Elles sont effroyables. Il fait jusqu'à 50 degrés, on porte un gilet pare-balles de 15 kilos, un casque. Je me suis un jour retrouvé dans un véhicule blindé sans air conditionné, dans lequel il faisait 55 degrés. Nous sommes plusieurs à avoir fait des chutes de tension. Je vivais à Erbil, où je partageais une maison avec des confrères. C'est une ville assez moderne, très sure, même plus sure que Bruxelles sur certains aspects. Il y avait presque un côté "métro-boulot-dodo" : on part de chez soi très tôt le matin, on va à Mossoul et, le soir, on retourne à Erbil, on commande des sushis, on boit des coups, on fait la fête avec 60 personnes sur un toit. C'est ce que j'appelle parfois une "schizophrénie professionnelle" : on vit la nuit un peu comme à Bruxelles et puis le jour, on se rend à Mossoul, à 1h30-2h de là, et on couvre une bataille.

Sur le front, comment cela se passe pour un journaliste ?

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