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Berlusconi fait les frais d'un spot de la télé suédoise
Laurent Raphaël
Mis en ligne le 04/03/2005
L'affaire a déjà quelques jours mais vaut la peine d'être contée. Parce qu'elle met en lumière, de façon cocasse, les divergences de vues que peuvent avoir les différents locataires de la «maison» européenne. Et aussi parce qu'elle a bien failli tourner à l'incident diplomatique entre la Suède et l'Italie.
C'est une campagne de pub de la télévision publique suédoise SVT qui a mis le feu aux poudres. Pour le coup, l'opérateur scandinave n'a pas failli à la réputation de permissivité que cultive depuis des lustres le royaume scandinave. Sous couvert de démontrer qu'elle est une «télévision libre», SVT a choisi de conter les méfaits de potentats tenant sous leur coupe les médias. Là où ça se gâte, c'est que la chaîne ne s'est pas contentée d'un casting fictif; elle a opté pour des dirigeants en place. L'un des films met ainsi en scène Silvio Berlusconi, le Premier ministre italien. Sur fond de musique méditerranéenne dégoulinant de mauvais goût, ponctuée de «O Sole Mio» et d'accords de mandoline, le chef du gouvernement transalpin apparaît sous les traits d'un leader d'une république bananière. Hantant une marée de petits écrans, on le voit s'essuyer le front, serrer des mains à tout va et sourire au milieu d'une flopée de jeunes filles nues.
En bleu dans le texte
Le commentaire du spot enfonce le clou, soulignant en caractères bleus -couleur de Forza Italia, le parti du Condottiere- que Berlusconi cumule les casquettes de chef de gouvernement et de magnat des médias. «Il possède 90pc de la télévision italienne. En s'appuyant sur des moyens de communication dont il est le propriétaire, il a gagné les élections», accuse SVT. Une diatribe ponctuée d'un slogan en forme de contre-pied: «SVT. Une télévision libre».
Berlusconi n'est pas le seul à faire les frais de la campagne. Vladimir Poutine bénéficie lui aussi d'un traitement de faveur en raison de l'autocensure qu'il impose aux médias. Mais à la différence de la Russie, l'initiative a fait des vagues en Italie. Le gouvernement a convoqué l'ambassadeur de Suède à Rome pour se plaindre. Par ailleurs, deux hommes politiques en vue de la péninsule ont exprimé publiquement leur mécontentement, le premier reprochant une «immixtion dans les affaires internes d'un autre pays», le second qualifiant le spot de «compote de contrevérités». A quoi les autorités suédoises ont répondu que SVT n'est pas une télévision contrôlée par l'Etat (elle dépend d'une Fondation subventionnée par les autorités) et que le gouvernement n'intervient pas dans le contenu de ses programmes.
Une conception de la liberté de la presse qui doit rappeler de vieux souvenirs aux Italiens...
© La Libre Belgique 2005
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