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bye bye belgium

Des médias francophones orientés ?

L.H.

Mis en ligne le 12/12/2007

"Bye bye Belgium" sert souvent d'exemple au Nord pour dénoncer les partis pris de la RTBF et des médias francophones en général. Tour de table.

Le s médias francophones sont-ils trop partisans ? La RTBF sort-elle de sa neutralité ? "Bye bye Belgium" avait troublé. La crise actuelle n'a fait qu'accentuer les critiques de certains, surtout au Nord. "Ces doutes existent, c'est clair, reconnaît Walter Pauli, éditorialiste au "Morgen". Mais chez qui et sur quoi sont-ils fondés ? Pas plus qu'en Wallonie on ne suit les médias du Nord, l'homme de la rue en Flandre ne lit ou ne regarde les médias francophones. Quand il en entend parler, c'est donc par personne interposée. Via la presse ou les hommes politiques, comme Yves Leterme..."

Guido Fonteyn, plume flamande reconnue, ancien journaliste du "Standaard", confirme : "On parle toujours de 'Bye bye Belgium'. Mais en Flandre, quasi personne ne l'a vu. On discute donc à partir d'interprétations d'une émission que personne n'a regardée. Cela devient un mythe. Et c'est ce genre de mythe qu'il faudra un moment ou l'autre combattre."

Lundi, Pol Deltour, secrétaire de l'association des journalistes flamande, réagissait sur la sortie d'Yves Leterme au sujet de la RTBF. Après avoir dénoncé l'analogie faite avec Radio Mille Collines, il relevait tout de même que le traitement de l'information de la RTBF peut parfois poser problème, citant la docufiction. "J'ai toujours dit que je ne voyais pas de différences entre les médias du Nord et du Sud. Il y a des approches divergentes certes, simplement de par le fait que chaque média accorde plus d'attention aux politiques de la communauté dans laquelle il est actif. C'est assez normal. Cela étant dit, c'est vrai que 'Bye bye Belgium' est interpellant. La VRT, par exemple, n'aurait probablement jamais utilisé ce genre de dispositif."

Mobilisation

Les médias flamands traitent-ils donc la crise actuelle avec plus de recul, voire d'objectivité ? Walter Pauli : "Certains reprochent à la RTBF de taper en permanence sur Yves Leterme. Mais quand les médias flamands se sont focalisés pendant plusieurs mois sur la personnalité de Di Rupo, ils ont aussi eu une approche très agressive." Dave Sinardet, politologue à la faculté des sciences politiques et sociales de l'Université d'Anvers, confirme. Pour autant, il note une évolution dans les médias francophones. "On y trouve une tendance récurrente à la dramatisation avec la fin de la Belgique en toile de fond. Autre chose : le regard sur les négociateurs francophones n'est pas toujours très critique. A l'inverse, dans les médias flamands, le CD & V ou la N-VA, par exemple, n'ont pas été épargnés."

"On peut parler d'une certaine mobilisation de la part des médias francophones, n'hésite pas à dire Guido Fonteyn, qui fait la comparaison avec le ton des éditorialistes flamands que l'on pouvait lire dans les années 70, 80. "On utilise le vocabulaire d'une manière assez nouvelle, parfois très guerrier. Il faut faire attention : on parle de gifle, de tranchées,... J'ai l'impression que l'attitude des médias flamands est plus nuancée, plus diverse. On y a parfois trouvé des reproches très durs envers la N-VA. Je n'ai pas, ou fort peu, trouvé de critiques pareilles sur le FDF par exemple dans la presse francophone."

Marc Sinnaeve est président de la section Presse et Information de l'Institut des hautes études des communications sociales (Ihecs), à Bruxelles. Francophone, il n'est pourtant pas loin de tenir le même discours que Dave Sinardet : "Ce que je remarque, dans le chef des médias francophones, c'est en effet un alarmisme récurrent, qui ne date pas de cette crise-ci. A la première musculation préélectorale flamande, on met souvent ça sur le compte d'une volonté séparatiste. Cette dramatisation excessive est liée à un besoin d'accroche, pour relancer l'intérêt du lecteur. Mais, selon moi, cela vient aussi masquer l'absence plus fondamentale de projet francophone. On n'a pas pris assez en compte le processus de fédéralisation. Du coup, les médias reflètent une certaine appréhension de la société et du monde politique."

En conclusion, Dave Sinardet : "Ce qui manque aujourd'hui, c'est un espace de débat fédéral. Des ponts se créent, et une émission comme 'Paroles de Belges', sur RTL-TVI, où discutaient récemment 30 citoyens néerlandophones et autant de francophones, joue ce rôle-là, mais cela reste exceptionnel."

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