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crise politique

La RTBF persiste et signe

Pierre-François Lovens

Mis en ligne le 12/12/2007

Un an après la soirée du 13 décembre 2006, "Bye bye Belgium" reste la cible d'intenses controverses. La RTBF, elle, n'en démord pas : son "coup" était autant visionnaire que salutaire. Un an après, des leçons ont malgré tout été tirées.

Un an déjà que plus de 400 000 téléspectateurs prenaient en pleine figure le docu-fiction "Bye bye Belgium". Le 13 décembre 2006, sur le coup de 20 h 20, François de Brigode lançait un "Bonsoir à tous, l'heure est grave". La machine infernale du canular le plus improbable de l'histoire de la RTBF se mettait en branle au quart de seconde. Une bombe à fragmentations qui, un an plus tard, continue à faire controverse (lire par ailleurs).

La RTBF, en mettant en scène l'indépendance de la Flandre, avait-elle commis une faute ou, plus modestement, une erreur ? Dès le 13 décembre, la question fut posée non seulement par des téléspectateurs courroucés mais aussi par le monde politique francophone, quasi unanime à condamner l'irresponsabilité de la chaîne publique. Dès le 14 décembre, la ministre de l'Audiovisuel, Fadila Laanan (PS), fit part de son émotion en saisissant le Conseil supérieur de l'Audiovisuel (CSA) et en convoquant, à son cabinet, l'administrateur général de la RTBF. Le 16, Didier Reynders haussa le ton en exigeant des "sanctions fortes" à l'encontre de la chaîne pour "faute lourde".

Face à la curée, la RTBF fit front. Jean-Paul Philippot, en tête, couvrit ses équipes avec le soutien - en tout cas sur le fond de la démarche - de son conseil d'administration. Le 22 décembre 2006, le patron de Reyers se présenta devant les députés de la Communauté française pour expliquer que "si c'était à refaire, on le referait". Seul petit bémol : le célèbre bandeau "ceci est une fiction" aurait dû apparaître à l'écran plus tôt...

Garde-fous ?

Lors de cette même audition parlementaire, la direction de la RTBF et la ministre Laanan prirent toutefois des engagements. Non pas destinés à brider la liberté d'une information "interpellante, dérangeante, objective, impartiale et audacieuse", mais à corriger les "erreurs de forme". Pas question, donc, de faire tomber des têtes. Tout au plus convenait-il de poser des garde-fous...

Un an après l'énoncé de ces engagements, où en sommes-nous ? "On a fait l'essentiel de ce qui avait été dit", assurait-on hier au cabinet de la ministre de l'Audiovisuel. Ainsi du soutien ministériel apporté à la création d'un Conseil de déontologie journalistique, dont un avant-projet de décret se trouve actuellement au Conseil d'Etat. La RTBF, plutôt réticente à voir sa déontologie prise en charge par un organe externe (voire par le CSA), avait toutefois pris la ministre de vitesse en instaurant son propre comité. De quoi faire grincer les dents de l'Association des journalistes (AJP) : "Les possibilités de saisine ne seront pas les mêmes pour tous, déplore Jean-François Dumont . Ainsi, les journalistes (NdlR : à savoir la Société des journalistes de la RTBF) seront les seuls à ne jamais pouvoir saisir le comité a priori".

En matière d'éducation aux médias, un avant-projet de décret a été adopté par le gouvernement de la Communauté française le 2 juillet 2007. Le texte, qui a subi des remarques du Conseil d'Etat, devrait revenir en deuxième lecture "au tout début du mois de janvier". Rien de concret, donc, jusqu'ici. Quant à la RTBF, certains observateurs continuent à l'accuser de ne rien faire en matière d'éducation aux médias.

Il fut aussi question, à la fin de 2006, de charger le CSA de plancher sur l'opportunité d'introduire une signalétique appropriée aux programmes de docu-fiction. "Le Collège d'avis va travailler sur le sujet à la demande de la ministre. Les modalités des travaux seront fixées en principe en janvier", nous dit-on auprès de l'organe de régulation, lequel avait d'abord donné la priorité à l'instruction des plaintes déposées auprès de lui (la RTBF a été très largement blanchie en juillet). Mais est-il vraiment nécessaire de créer de "balises" pour une émission que plus personne ne refera... ?

Tout cela paraîtra évidemment bien maigre... "Bye bye Belgium" a frappé fort à un moment donné. La manière a pu déplaire. Mais les questions soulevées restent plus que jamais à la "Une". Les réponses, elles, restent plus que jamais indécises.

Savoir Plus

Ni excuses ni agenda caché

Suite et à priori fin du dernier incident (bourde, gaffe,...) provoqué par Yves Leterme. Le week-end dernier, le double ex-formateur avait repris à son compte une comparaison entre la RTBF et Radio Mille Collines (RTMC), émetteur qui avait apporté son concours au génocide rwandais. "Il n'y a aucune comparaison possible entre la RTBF et RTMC", aurait confié hier M. Leterme à Jean-Paul Philippot, administrateur général de la RTBF, lors d'une longue entrevue à laquelle assistaient également Jean-François Raskin (président de la RTBF), Yves Thiran (directeur de l'Information et de l'Ethique), Benoît Moulin (rédacteur en chef du JT) et Jean-Pierre Jacqmain (chef du service politique de "La Première"). Organisée au Sénat, cette rencontre n'a débouché sur aucune excuse dans le chef d'Yves Leterme. Il aurait tout au plus admis une "maladresse". Il est en tout cas peu probable que l'homme fort du cartel flamand ait dévoilé à nos confrères l'identité de ceux qui, au sein du CD & V/N-VA, véhiculent la comparaison avec RTMC... Selon "La Libre", Herman Van Rompuy et Bart De Wever, entre autres, étaient dans la pièce lorsque, sur le ton de l'humour, des comparaisons douteuses ont été lancées en ce sens à l'encontre de plusieurs médias francophones... Soit. Hier, M. Leterme est revenu sur ses relations difficiles avec la RTBF, évoquant du "harcèlement" et "la recherche de l'incident à tout prix". De son côté, M. Philippot a fait savoir que la RTBF n'avait "aucun agenda caché" à l'égard de la Flandre depuis la diffusion du docu-fiction "Bye bye Belgium". (M.Bu. et P.-F.L.)

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