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Événement - Élection
Miss Belgique 2008 n'est pas tweetalig
My.L.
Mis en ligne le 17/12/2007
Elle a 20 ans, elle vient de Huy, et a la beauté froide des héroïnes hitchcockiennes. Alizée Poulicek a été élue Miss Belgique 2008, tard samedi soir. La toute nouvelle couronne en cristaux Swarovski lui a été remise peu avant minuit par la miss qui l'a précédée, Annelien Coorevits.
Elle était la grande favorite de cette élection : dans les gradins, on ne parlait que d'elle. On a pourtant quelque peu douté de son sacre après l'incident des "questions bilingues". Principe : deux anciennes miss, Sandrine Dans côté francophone et An Van Elsen côté néerlandophone, posent aux cinq dernières candidates encore en lice une question en français, une question en néerlandais.
Les hilarants concours de talents et quiz de culture générale n'existant plus, cette épreuve est la dernière où la candidate à la couronne peut exprimer sa personnalité. Entre poncifs, banalités, "croire en ses rêves" et autres truismes dignes de "Miss détective", Alizée tombe sur un os : une question en néerlandais. "Où penses-tu être dans dix ans ?" La jolie blonde ne comprend pas. Le public, probablement échaudé par les écueils communautaires en politique, démarre au quart de tour et hue la pauvre étudiante en langues romanes. Celle-ci s'insurge : "Merci pour votre atten tion !" Et tente quand même de répondre, douchée par les "hooou" qui s'élèvent des quatre mille sièges de la Lotto Arena d'Anvers.
Finalement, les téléspectateurs (puisque ce sont eux qui tenaient son avenir à bout de GSM) n'en tiennent pas rigueur à Alizée. Mais les journalistes flamands présents à la conférence de presse qui a suivi l'élection, bien.
Toutes les questions qui sont posées à la miss portent sur sa connaissance du néerlandais. Elle, penaude, parle de ses lacunes. Eux, agressifs, la mitraillent... en néerlandais. Elle, attend que ses dauphines (Fabienne Kabeya et Jade Van de Walle) lui traduisent. Tente le tout pour le tout, se lance, baragouine quelques mots dans la langue de Vondel, au prix d'efforts presque surhumains. Eux, se moquent.
Voilà que l'élection de Miss Belgique, dernière émission de télévision ambitieuse à être réalisée par des francophones et des Flamands, se vautre dans l'intolérance.
Conseil aux futures candidates au cabriolet Peugeot et à la couronne qui va avec : soyez "tweetalig" sinon vous allez casser l'ambiance. On est ici pour élire des fesses, des seins, des yeux, un sourire et une prestance, mais aussi, en Belgique, une assiduité aux cours de langues, verdomme.
Au final, le seul symbole belge plus ou moins réjouissant de la soirée fut Henriette, un quidam, gagnante du concours permettant de remporter un voyage en Egypte. Henriette, reçue sur le plateau par téléphone, est une Anversoise habitant Liège. Voilà.
Zoom arrière
Difficile de retenir autre chose de la soirée, présentée par Jean-Michel Zecca et Véronique de Kock dans une Arena peuplée de beautiful people. Des filles ultra-lookées, des garçons übersexuel... Un public dissipé, des chorégraphies mollassonnes, un jury pas particulièrement loquace...Des journalistes plus occupés à picoler dans la salle de presse qu'à retenir leur souffle pendant les éliminations.
Moment le plus amusant de la soirée : quand un fan s'est invité sur scène pour embrasser la chanteuse Kelly Clarkson. Petit grain de sable rapidement évacué dans une grosse machine aux rouages bien huilés.
Se pose maintenant de plus en plus la question de la légitimité d'un concours de miss, chez nous. Une élection digne d'un autre temps, où les filles tournent sur elles-mêmes en bikini pour offrir leur chair en pâture au jugement populaire. Où elles doivent poser, sourire, marcher, montrer leurs dents... Et un défilé où désormais, de plus en plus, le communautaire s'invite sur les catwalks.
Tant pis pour la spontanéité d'Alizée, tant pis pour son histoire de vie passionnante, tant pis si elle maîtrise le tchèque et l'anglais. "Helaas spreekt Alizée nauwelijks Nederlands", regrettent les journaux flamands ce dimanche.
Savoir Plus
Un défenseur... flamingant!
Notre futur ex-confrère Pol Van Den Driessche (ancien rédac-chef politique de VTM, futur sénateur CD&V si...Yves Leterme devient ministre) est bien placé pour juger Alizée Poulicek. Se qualifiant lui-même de "flamingant et fier de l'être" (NdlR : il ne nous en voudra pas de le confirmer...) a été un des coaches des candidates, chargé de les initier aux méandres de l'histoire et de la politique belges. "Je n'admets absolument pas les coups de sifflets à son égard: je puis attester qu'elle a tout mis en oeuvre pour s'initier au néerlandais avec notamment un séjour au Ceran à Spa. Là où une reine et des princesses, voire des ministres, ne font pas vraiment d'efforts, je confirme qu'elle a fait de son mieux, n'hésitant pas à m'interpeller souvent pour l'aider. Les huées d'Anvers étaient donc vraiment scandaleuses !"
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