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Fiction - tournage
Claude d'Anna et ses drôles de dames
Virginie Roussel
Mis en ligne le 14/04/2008
Femme qui rit est à moitié conquise, dit-on. À Bruxelles comme à Paris, trois professionnelles de la télé ont été conquises par le scénario de Claude d'Anna, co-écrit avec Laure Bonin.
Anne Leduc, productrice à la RTBF, explique : "Les propositions de comédie se raréfient. Quand j'ai lu "Etat de manque", c'était une évidence. Le scénario était rafraîchissant et le principe de départ avec ces trois femmes qui se vengent du même homme, très drôle. Le fait que Claude d'Anna réalise cette comédie, avec son point de vue et sa grande sensibilité, m'a mise en confiance." Le réalisateur a notamment été remarqué au cinéma par son adaptation de "Macbeth" (1987) et primé au festival de Luchon pour son téléfilm "Retrouver Sara".
En France, la productrice, Mathilde Muffang (La Boite à Images) est reconnaissante à France 2 de ne pas lui avoir imposé de têtes d'affiches et laissé toute latitude pour trouver les bonnes comédiennes. Eva Mazauric, Anne Charrier, Samira Lachhab et Diane Dassigny ont donc été retenues. Fanny Rondeau, conseillère de programme pour la fiction, à France 2, confirme l'enthousiasme général : "J'ai rarement lu quelque chose d'aussi juste, avec des portraits de femmes très différentes et dans le milieu de l'entreprise, ce qui est encore plus rare."
En résumé, Elsa, Safia et Amandine échouent en cure de thalasso, au Touquet, l'une pour arrêter de boire, l'autre de fumer et la troisième de boulotter. Elles découvrent alors que tous leurs malheurs ne viennent que d'un seul homme travaillant dans la même compagnie d'assurances. De retour à la Défense, le centre d'affaires de la région parisienne, elles ourdissent un plan de vengeance diaboliquement féminin. À quelques heures du clap final, entouré d'une équipe joyeuse et détendue malgré le rythme soutenu de 23 jours de tournage, Claude d'Anna livre sa première leçon de comédie.
Comment appréhendez-vous le milieu de l'entreprise ?
Un scénariste est quelqu'un qui se promène dans la vie. Je fais des enquêtes, je m'informe, j'écoute le chauffeur de taxi qui a peut-être un scénario dans sa tête, sans le savoir. J'ai un carnet dans la poche, je prends des notes. Et le miracle de l'écriture rend le tout cohérent.
D'où vient l'idée de départ ?
En marchant dans la rue, j'ai pensé à ces trois femmes. C'est resté dans un coin de ma tête, comme un ressort bandé. Puis, j'ai trouvé les prénoms. Claude Sautet, mon grand copain, celui qui m'a tout appris, disait que tant qu'il n'y a pas les prénoms, il n'y a pas les personnages. Jacques Lacan dit aussi que "c'est le monde des mots qui crée le monde des choses". Ensuite, il a fallu trouver la scène, le lieu sur lequel ils sont forcés de se rencontrer.
Pourriez-vous décrire l'état de manque ?
C'est la compensation d'un vide. Tout à coup, on met à la place d'un besoin essentiel un besoin secondaire, plus facile. Il est plus facile d'allumer une cigarette que de trouver l'amour de sa vie. Dans ce système de mini compensations, on se mécanise. Et quand on voit l'amour, on le confond avec une cigarette.
Bruno Salomone était-il, à vos yeux, le séducteur idéal ?
C'est un fantasme sexuel pour femmes ! On imagine les femmes fatales en porte-jarretelles, et bien Bruno est un homme en porte-jarretelles ! Quand il est rentré dans mon bureau, j'ai su que c'était lui. Le charme, le talent d'un acteur se résument à une chose, le sourire. C'est cela la photogénie. La différence entre Al Pacino et De Niro, c'est que De Niro sourit. Pour le rôle, je voulais un personnage qui ait à la fois une sorte de superficialité, d'ironie par rapport à soi-même, ce qui est très difficile. Et Bruno ne se prend pas au sérieux. Cette espèce de distance produit tout son effet dans la comédie, c'est ce qu'on appelle la vis comica.
Pour vous qui êtes plutôt abonné au drame, quelle difficulté représente la comédie?
Elle ne supporte aucune marge d'erreur. Pourtant, elle est souvent méprisée, comme si le réflexe de rire était une reculade par rapport à la réalité. Dans un drame, vous pouvez vous tromper un peu dans le rythme, dans le casting, les gens pleureront quand même. Dans la comédie, une erreur de 5 pc vous conduit tout droit dans le désert : on ne rit plus. Je me suis inspiré de la comédie italienne des années 70, 80 avec des séducteurs comme Vittorio Gassman. "Le Fanfaron" est un de mes films de chevet. Construire une histoire autour d'un coup de klaxon, c'est un coup de génie. Malgré cela, il n'a jamais reçu le moindre prix.
Quelle est la recette d'une comédie réussie ?
Le rythme de l'acteur et son énergie. Le metteur en scène doit conserver ce rythme en visualisant la scène, en commençant sa prise dans la suite de quelque chose, sans partir de zéro. Si la scène n'est pas drôle, il faut la refaire, la soigner. Il faut du temps.
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