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Émission - nouveauté
"Marcel, raconte des histoires !"
Virginie Roussel
Mis en ligne le 04/10/2008
Formé par Serge Lebovici et Michel Soulé, compagnon de route des freudiens, Marcel Rufo avait juré de ne pas officier à la télé. Après être passé à Europe 1, pendant trois ans, ce chef du service de pédopsychiatrie du CHU Sainte-Marguerite, à Marseille, se dit alors frappé par l'appétence du public pour la psychologie de l'enfant. Huit fois sur dix, les parents viennent spontanément en consultation. Il a donc accepté la proposition de France 3, désireuse d'affirmer son positionnement de chaîne du lien social.
Avez-vous analysé votre besoin de médiatisation ?
Françoise Dolto et Jacques Pradel ont modifié les choses sur France Inter. La médiatisation n'est pas vulgaire. Quand on a un patient en face de soi, il faut qu'il comprenne ce que l'on pense. Et non pas que l'on comprenne ce qu'il pense.
Comment votre émission est-elle construite ?
Charline Roux servira de médiatrice et les téléspectateurs pourront s'identifier à elle. Des témoins et des représentants de toutes les sciences humaines seront invités. Chaque semaine, nous aborderons un thème différent et nous débuterons par "Frères-sœurs : ils se détestent !" Dans une première partie théorique, j'essaierai de traduire avec pédagogie les textes classiques, ceux de Winnicott, de Melanie Klein... Puis je répondrai aux questions posées par mail, SMS et téléphone.
Pour un fils unique, la fratrie vous passionne ?
Les autres sont pris dans le mécanisme conscient et inconscient de la rivalité fraternelle. Moi, je suis tranquille, je n'ai eu qu'une fille. Je n'aborderai pas le thème de l'enfant unique : la projection serait redoutable pour moi.
Que désirez-vous transmettre ?
Quand on connaît mieux les choses, sans doute, elles sont moins douloureuses. Ma théâtralité, mon accent peut-être, vont m'aider. J'ai appris mon métier en regardant Lebovici faire de la télévision. Quand je théorisais, il me disait : "Marcel, raconte des histoires !" Je vais essayer de faire l'inverse d'Anna Freud, je partirai du pathologique pour comprendre le normal. Ce qui me plairait, ce serait de créer des associations d'idées après l'émission. Que les gens se disent : "Je prends mon voilier pour les Eoliennes." Et si on se retrouve tous à Stromboli, la vie est belle !
Etes-vous supervisé ?
Quand je suis parti à Paris diriger la maison de Solenne, j'ai vu Michel Soulé tous les 15 jours. J'étais anxieux du projet énorme qu'on me confiait. Au bout de sept mois, il m'a dit : "Marcel, vous me posez toujours la même question en filigrane : suis-je compétent en pédopsychiatrie ? Vous être très compétent, on ne se reverra que dans un mois !"
Pourquoi l'avoir quitté ?
C'était une mission de trois ans. J'étais chargé du démarrage et j'y ai réussi grâce à l'équipe : 1 500 consultations par mois, 80 pc de succès dans l'anorexie et 0 suicide. Je suis revenu à Marseille pour essayer de faire le plus bel hôpital d'adolescents du monde. Et puis, la Méditerranée et sa sensualité sont constitutives chez moi. Je suis un psychiatre du Sud.
La notoriété vous embarrasse ?
J'ai toujours peur que les consultations ne deviennent un mirage. Mais aujourd'hui, je suis davantage consultatif que thérapeute.
Soigner répond à quelle tentative ?
Celle de m'occuper le mieux possible de moi. Le petit garçon que j'ai été aurait bien eu besoin de rencontrer un pédopsychiatre ! J'aurais bu ses paroles pour me les approprier.
Etes-vous encore surpris ?
Toujours. Une maman est venue, ce matin, avec son enfant psychotique. Au fond, cette consultation servait uniquement à la renforcer dans son combat illusionnant, mais si correct au niveau de la tendresse. Ce n'était pas de la démagogie, mais une alliance avec cette maman en souffrance. Elle m'a épaté. Il y a toujours une solution en soi. Le médicament générique du bonheur, c'est la parole entre humains. Et la télévision est un bel échange parolier. C'est un gros pari, et je vais le réussir. J'en ai envie.
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