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Magazine - enquête
Fortis: tous coupables?
P.-F. L.
Mis en ligne le 03/02/2009
Souvenez-vous : le 2 décembre dernier, des centaines de "petits" actionnaires convergeaient vers le Heysel, à Bruxelles, pour une assemblée générale de Fortis Holding. A la tribune, aucune trace de Maurice Lippens, Jean-Paul Votron et Gilbert Mittler, les trois "artisans" du projet Fortis/ABN Amro. En-vo-lés ! C’est donc au (courageux) Jan Michiel Hessels, président du conseil d’administration, de faire face à la bronca. Des images qui resteront dans les annales de l’histoire économique de la Belgique.
Cette assemblée mémorable est le point de départ du reportage réalisé par Danielle Welter et Carol Gilet pour le magazine Questions à la une H H (mercredi, La une, 20 h 20). L’enquête, si elle n’offre aucune révélation, tombe à point pour tous ceux qui sont perdus dans le "Fortisgate". Elle vient en effet rafraîchir la mémoire sur les origines de la crise et la manière dont elle a été gérée depuis le week-end des 27 et 28 septembre, date du premier plan de sauvetage du premier groupe belgo-hollandais de bancassurance.
A qui la faute, interroge la journaliste Danielle Welter. Premiers fautifs montrés du doigt : Maurice Lippens et sa garde rapprochée. Aucun d’entre eux n’a accepté de témoigner. Face à la villa de M. Lippens, à Knokke, l’équipe de la RTBF doit se contenter d’un SMS du maître des lieux faisant état du "droit de réserve" sur un dossier ultra-sensible. Seul un ex-cadre de Fortis, en charge des crédits, témoigne de la philosophie aventurière et de la course à la croissance en vigueur au sein de l’ex-management du groupe.
Deuxième fautif : les gouvernements. Wouter Bos, ministre hollandais des Finances, en prend pour son grade. Didier Reynders a, lui, refusé de s’exprimer, au contraire de son homologue luxembourgeois. Yves Leterme, après de nombreuses hésitations, a préféré lui aussi se murer dans le silence. Ce sont donc des experts et des représentants d’actionnaires qui livrent leur verdict, en ordre très dispersé, sur l’attitude de l’Etat belge. Même attitude à la Commission bancaire, financière et des assurances. Son patron, Jean-Paul Servais, est muet. Secret professionnel !
Danielle Welter se tourne alors vers les 500 000 actionnaires de Fortis, osant la question (im)pertinente de leur propre responsabilité dans la débâcle du groupe. N’auraient-ils pas pu, et dû, s’opposer à la proposition du management d’acquérir la banque hollandaise ABN Amro pour la folle somme de 24 milliards d’euros ? "Ils étaient tous convaincus que Fortis était une action de bon père de famille, au point d’oublier que toute action reste un placement à risque", répond un analyste financier belge.
On le voit, tout le monde aurait sa part de responsabilité. Mais ce qui frappe dans l’enquête de nos consœurs, c’est que tout ce gâchis aurait pu être évité. Plusieurs intervenants insistent sur la prévisibilité de la débâcle.(1) "On le voyait venir. Mais personne n’a voulu tirer la sonnette d’alarme", martèle un avocat d’affaires.
Cela ne rendra évidemment pas le sourire aux actionnaires
(1) Un second reportage, réalisé par la VRT, posera justement la question "Aurait-on pu éviter la crise ?". Nous n’avons pas pu le visionner.
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