"Een beetje, mais nin des masses !"
Trois ans de cours de néerlandais à l'école primaire. Six au secondaire. Deux à l'Unif. Des tas de "camps de flamand" - à danser sur Clouseau - à la mer. Voilà le pedigree de l'auteure de ces lignes.
- Publié le 18-03-2009 à 00h00

Trois ans de cours de néerlandais à l'école primaire. Six au secondaire. Deux à l'Unif. Des tas de "camps de flamand" - à danser sur Clouseau - à la mer. Voilà le pedigree de l'auteure de ces lignes. En pratique, cela donne quoi ? Des sueurs froides au moment de commander un Coca à Bruges, un silence éloquent quand un touriste égaré en Wallonie demande son chemin et, surtout, une gêne palpable lorsqu'un néerlandophone entame une conversation dans sa langue à la machine à café et qu'il doit switcher en français (châtié) face à notre rictus douloureux.
"Sommes-nous capables de parler néerlandais ?", se demande Questions à la une***, dans une allusion à la déclaration ironique d'Yves Leterme à "Libération" en 2006 : "Apparemment, les francophones ne sont pas en état intellectuel d'apprendre le néerlandais !"
Annick Capelle a donc enquêté sur l'apprentissage de notre seconde langue nationale, à Bruxelles et en Wallonie. Attaque du reportage : un savoureux micro-trottoir dans les rues de Namur. La journaliste, parfaite bilingue (cette Namuroise est docteur en langues germaniques et a travaillé huit ans au journal de recrutement flamand "Vacature"), hèle les passants avec des questions simples du type "Parlez-vous néerlandais ?" Les réponses oscillent entre le comique ("Een beetje, mais nin des masses !"), et le ridicule : "Je parle wallon !", "Niet... heu... Ik ben niet gebreeb [?]... heu, begrijp hebben" , le tout avec le regard paniqué d'un chat pétrifié par les phares d'une voiture.
Une séquence burlesque qui introduit des chiffres qui n'ont rien de drôle. Les examens linguistiques du Selor (bureau de recrutement des fonctionnaires fédéraux) sont réussis par 56 pc des néerlandophones qui les passent, contre 37 pc des francophones. La partie langues des tests diplomatiques voit, elle, ces statistiques plonger : sept Flamands sur dix s'y essaient avec succès, contre seulement deux francophones sur dix.
Absurdités
L'enquête de la RTBF montre des élèves de fin de primaire et de rhéto, et constate que le niveau est resté pratiquement le même en six ans. Les plus âgés restant incapable de comprendre la question : "Où veux-tu travailler plus tard ?"
"Mentalement , explique Annick Capelle, certains se sentent très éloignés de cette langue, qu'ils considèrent comme étrangère." La faute à qui ? A l'école ? Aux parents ("ils veulent que l'école fasse des miracles, mais ne font souvent rien de leur côté. Or, une fois sorti des cours, les élèves n'utilisent pas le néerlandais, au contraire des maths ou du français" , estime la journaliste) ? Aux tensions communautaires ? A une quelconque prédisposition biologique ?
Cette enquête n'apporte pas de réponse univoque mais pointe du doigt les absurdités du système et des comportements. Dans certaines écoles, il n'y a effectivement tout simplement pas de cours de néerlandais, faute de profs, mais également d'intérêt de la part des étudiants. Il faut savoir qu'en Wallonie, on n'impose pas l'enseignement de cette langue. Interrogé sur une éventuelle obligation future, le ministre de l'Enseignement obligatoire en Communauté française Christian Dupont (lui-même germaniste et ex-prof de... néerlandais) a cette phrase édifiante : "Est-ce qu'on doit légiférer contre ce qui est le choix global des gens ?"
Un raisonnement qui, si on le pousse à l'extrême, conduirait à supprimer pas mal de cours. "Et même si le Plan langues du Forem dans le cadre du Plan Marshall fonctionne bien , commente Annick Capelle, cette absence de volonté de se bouger de la part du politique est assez décevante."
