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Nouveaux médias | Polémique

Guerre entre la RTBF.be et éditeurs privés

Hubert Heyrendt

Mis en ligne le 14/01/2010

La pilule de la nouvelle RTBF.be ne passe pas auprès des éditeurs privés… Ils exigent des pouvoirs publics un encadrement de l’offre de la RTBF en ligne.

Hier, la RTBF a exposé le nouveau positionnement multimédia correspondant à son changement de signature. En décidant de s’appeler désormais RTBF.be et en renforçant sa présence sur la toile, le groupe public cherche clairement à se positionner pour l’avenir sur un marché vital pour toutes les entreprises de médias. Dans le discours employé, un mot a créé la colère de ses concurrents, la gratuité En effet, pour Jean-Paul Philippot, la continuité du service public en ligne doit se faire dans les mêmes termes que la télé ou la radio: l’offre doit rester gratuite.

Les éditeurs privés, réunissant les groupes IPM ("La Libre" et la "DH"), Rossel ("Le Soir" et "Sud presse"), les Editions de l’Avenir mais aussi le groupe RTL, NRJ et Nostalgie, se sont imméditament fendus d’un communiqué musclé, où ils indiquent clairement qu’ils "s’opposent au plan RTBF.be". "Ils constatent que les évolutions du service public dans les médias numériques créent une distorsion intolérable de concurrence." Les éditeurs privés réfléchissent en effet à des modèles payants, notamment sur les téléphones portables.

Ce débat sur la concurrence entre médias privés et publics sur le Net n’est pas que l’apanage de la Belgique. L’Allemagne est même à la pointe en la matière. "La dernière convention entre les télévisions publiques allemandes et le gouvernement fédéral prévoit des limitations strictes quant aux contenus diffusables sur le Web", rappellent les éditeurs privés. Avant de réclamer rien moins que "la suspension du plan de la RTBF et une concertation urgente avec le gouvernement de la Communauté française et les dirigeants de la chaîne publique afin de définir le périmètre d’activités des médias de service public".

Réagissant à son tour hier soir par un communiqué, la RTBF "s’étonne et regrette les déclarations" des éditeurs privés Pour elle, le fait de s’appeler désormais RTBF.be ne change pas la donne. Cela "marque le franchissement d’une étape dans le cadre de l’exécution d’un contrat de gestion et dans la mise en œuvre du plan stratégique de l’entreprise. [ ] La RTBF se doit de remplir au mieux ses missions en rendant ses contenus accessibles à tous les publics, y compris sur les nouvelles plates-formes de diffusion." La RTBF estime s’inscrire "dans un mouvement universel et inéluctable de convergence des médias", concevant son offre multimédia actuelle comme "le prolongement logique et légitime de ses activités en radio et en télévision". Pas de concurrence donc pour l’opérateur public mais une offre complémentaire du privé, "et ce dans le respect du rôle et de la place des uns et des autres". Et la RTBF de conclure sur sa volonté "d’échanger et de débattre, avec les éditeurs de presse écrite, des collaborations dans tous les domaines de leurs activités respectives".

Du côté de la ministre de l’Audiovisuel Fadila Laanan, on ne prend pas position dans la polémique. "La question soulevée par les éditeurs privés est importante, explique Pascal Sac, porte-parole de MmeLaanan. Elle avait été largement anticipée par la ministre qui, fin 2008, avait réclamé des Etats généraux des médias. La réflexion doit en effet être plus globale. Comment soutient-on tous les médias dans leurs missions de service public?" Des réunions préparatoires avec tous les acteurs et même une première synthèse des revendications de chacun ont déjà eu lieu mais, avant les élections, le Parlement de la Communauté française sortant s’est saisi de la question. C’est donc désormais au Parlement nouvellement élu d’organiser ces Etats généraux, d’où pourraient sortir des mesures concrètes pour définir un cadre légal organisant la concurrence.

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