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Documentaire | Critique

Fuir le bonheur de peur qu’il se sauve

Caroline Gourdin

Mis en ligne le 18/01/2010

Toutes les ambiguïtés de Gainsbourg évoquées par ses muses. Sur France3 à 20h35. Ensemble, elles offrent un autre regard sur l’homme, 20 ans après sa disparition.
Correspondante à Paris

C’est une clé d’entrée intéressante que d’aborder la personnalité de Serge Gainsbourg par l’entremise des femmes qui l’ont connu, aimé, admiré, inspiré. Car ce sont les femmes qui constituent la colonne vertébrale de l’artiste. "Gainsbourg a été traversé par l’amour, et n’a cessé de réfléchir à sa relation au désir et à la passion. C’est vraiment à travers les chansons écrites pour les interprètes féminines que Gainsbourg a réussi à être connu et apprécié des Français", justifie Didier Varrod, auteur de ce captivant documentaire de 110 minutes, réalisé par Pascal Forneri. A voir avant la sortie (le 3/2) sur grand écran du "Gainsbourg (vie héroïque)" de Joann Sfaar.

Jane Birkin, Françoise Hardy, Régine, Brigitte Bardot, Juliette Gréco, Vanessa Paradis, Buzy, Dani, Charlotte Gainsbourg ou Bambou offrent, en voix off, un regard personnel sur l’homme, complexe, pluriel, énigmatique, sur le séducteur, sur l’amoureux tourmenté et incompris.

En choisissant de ne pas filmer ces personnalités féminines, le journaliste Didier Varrod les a mises tout de suite à l’aise, et obtenu des confidences rares qui viennent illustrer, fort à propos, mais d’une manière discrète, les documents d’archives. Une démarche compréhensible pour cet homme de radio, documentariste, déjà auteur de portraits d’artistes de qualité pour France 3 : "Julien en Clerc", "France Gall par France Gall", "Renaud, le rouge et le noir"

Varrod a pris, à raison, une deuxième option : celle de ne pas raconter Gainsbourg de manière chronologique, mais de diviser son propos en thèmes (la provoc’, la misogynie, l’amour, la laideur, le bonheur, la dualité, la création ). Gainsbourg, l’homme qui aimait les femmesH H navigue ainsi en permanence entre le Gainsbarre cynique et choquant des dernières années et le Serge Gainsbourg élégant, sensible, introverti des débuts.

Avec les époques, s’entrechoquent les différents visages de Gainsbourg, et nous sommes souvent surpris par des aspects de l’homme généralement peu abordés : un sens aigu de l’éthique, de la vertu et de la discipline, une détestation de la vulgarité, une recherche absolue de l’esthétique, une âme d’enfant et un besoin d’être materné Comme le dit avec beaucoup d’humour Jane Birkin dans un document d’archives : "J’ai un chien qui mord tout le monde, sauf moi !"

Ses muses évoquent encore une facette passionnante du génie de Gainsbourg : cette "extraordinaire faculté à entrer dans la tête de l’autre, son corps, son cœur" (dixit Juliette Gréco), cette capacité à "exprimer sa propre féminité, sa propre sentimentalité" (Françoise Hardy) au travers des chansons qu’il taillait sur mesures pour les femmes.

Vingt ans après sa mort, Gainsbourg n’a pas fini de faire parler de lui.

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