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`Une démarche quasi anthropologique´

PAR LAURENT RAPHAËL

Mis en ligne le 23/04/2002

Pour François Heinderyckx, sociologue à l'ULB, une émission comme Strip-tease constitue un formidable outil d'observation du monde social, même s'il n'est pas exempt de défauts

ENTRETIEN

L'émission Strip-tease révèle-t-elle quelque chose de la réalité sociale?

Indéniablement. Car elle privilégie une approche anthropologique. La plupart des outils à notre disposition pour observer la société sont quantitatifs, ce sont les sondages, les chiffres du chômage, etc. Ils sont donc tous abstraits. À l'inverse, on voit ici la société de l'intérieur, sous un angle plus humain. Je me souviens par exemple d'un film sur l'extrême droite. On y apprenait davantage sur ce mouvement et ses ressorts que dans n'importe quel article de sociologie électorale. La technique d'immersion privilégiée par `Strip-tease´, qui favorise la spontanéité des acteurs, ressemble d'ailleurs beaucoup à celle qu'utilisent les anthropologues. À ce titre, on pourrait parler dans ce cas-ci de télé réalité bien plus que dans les `Loft´ et autres concepts du même genre où l'on sait bien que tout est fabriqué et scénarisé.

Les faits et gestes des protagonistes ne sont-ils pas ici aussi dictés dans une certaine mesure par la présence des caméras?

Bien sûr. Mais cet impact est difficile à mesurer. Il existe en outre aussi un risque d'erreur pour les autres outils d'observation. C'est tout le problème par exemple du décalage entre une déclaration (sur les intentions de vote par exemple) et la réalité. Le reproche que l'on peut faire à `Strip-tease´ en revanche, c'est d'avoir privilégié systématiquement les archétypes. Ce qui se justifie sans doute pour avoir du relief à l'écran, mais qui fait que l'on perd en nuance, que l'on a une image plus ou moins réaliste des figures emblématiques, mais pas des citoyens moyens. L'autre grief concerne cette habitude à toujours insister sur le côté obscur des histoires qu'on nous conte. Ce qui donne l'impression malsaine de vivre dans un monde glauque et sinistre. Cette volonté de tout tourner en dérision me gêne un peu. Cela dit, ça n'enlève rien à l'intérêt général de la démarche, qui nous a permis de pénétrer dans des univers peu connus, que ce soit le bal des débutantes de la noblesse ou le milieu des chômeurs à Charleroi.

© La Libre Belgique 2002

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