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Le jour où la grève a été endeuillée

Karin Tshidimba

Mis en ligne le 14/12/2010

Retour sur le 6 janvier 61, tournant de la “grève du siècle” et son hallali aussi. Magazine, JT et émissions radio: la RTBF ravive les souvenirs de la lutte. Dès 7h.

Foi de Belge, on n’avait jamais vu cela et sans doute ne le reverra-t-on jamais. En plein cœur de l’hiver 60-61, le plat pays se retrouve presque totalement paralysé durant cinq semaines. Le mouvement lancé par les ouvriers du Charbonnage, qui refusent le projet de Loi unique du gouvernement Eyskens, s’étend rapidement à la fonction publique puis au secteur privé. Liège, Charleroi, La Louvière sont les fers de lance de cette révolte populaire tenace qui prend de court même les directions syndicales nationales.

Fidèle à son habitude, Elodie de Sélys a retrouvé de nombreux témoins de l’époque qui égrènent leurs souvenirs encore bien vivaces 50 ans plus tard : Jacques Lemaitre, cardiologue et délégué CGSP en 1960; Georges Dobbeleer, jeune garde socialiste, gréviste à Liège; Jean Louvet, écrivain et enseignant en 1960 et Jean Verjans, du Moc (mouvement ouvrier chrétien) à Liège. Leurs récits sont complétés par l’analyse de Pierre Tilly, historien.

Chacun à sa façon éclaire, pour les néophytes que nous sommes, les nombreuses images d’archives proposées. Si cette grève qualifiée de "grève du siècle" revêt une telle importance c’est non seulement en raison de son caractère exceptionnel mais aussi par le tournant qu’elle marqua pour l’avenir de tout le pays. Le projet de loi du gouvernement Eyskens, qualifié de "Loi unique", prévoit un programme d’austérité de 6,6 milliards d’impôts nouveaux touchant toutes les classes sociales. Mais si la grève perdure en Wallonie, elle s’essouffle bien vite en Flandre où les dockers d’Anvers s’étaient pourtant montrés très prompts à débrayer.

"Il y avait du rêve, il y avait de l’utopie, on ne se levait plus pour aller travailler, on se levait pour changer la société" se souvient Jean Louvet. Pourtant, début 1961, la situation devient difficile pour toute la population et notamment les petits commerçants. Malgré la solidarité qui s’exprime à travers l’organisation de soupes populaires, ou via le soutien financier de syndicats étrangers. L’atmosphère devient pré-insurrectionnelle, les actes de sabotage se multiplient, des fauteurs de trouble se retrouvent en prison. Et puis, soudain, au cœur de cette véritable catharsis sociale, c’est le drame. Des manifestants saccagent la gare des Guillemins, la gendarmerie tire sur les émeutiers : un homme tombe. Première des quatre victimes engendrées par ce long combat.

C’est aussi à ce moment qu’émergent les premières revendications fédéralistes. Devant l’impossibilité de faire retirer le projet de loi, les grévistes changent en effet d’objectif : la grève ouvre la porte aux réformes institutionnelles qui conduiront le pays vers le fédéralisme. La loi unique est adoptée le 13 janvier; la cinquième semaine de grève sera la dernière; le mouvement s’éteint le 23, laissant dans son sillage des milliers de déçus.

Archives choisies, chronologie reconstituée, narration limpide et témoins de premier plan : une fois encore Ce jour-làH H (La une, 21h20) fait œuvre utile en revisitant un pan d’Histoire méconnu ou oublié.

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