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L’avenir de l’info RTBF

Hubert Heyrendt

Mis en ligne le 04/01/2012

En poste depuis lundi, le Français Christian Dauriac fourmille d’idées. Le nouveau rédacteur en chef du JT pense en effet déjà l’info de demain.
Entretien

Fin 2011, le dernier conseil d’administration de l’année de la RTBF entérinait la nomination Christian Dauriac au poste de rédacteur en chef du JT. Le Français, qui se partage entre vie professionnelle à Bruxelles et vie familiale à Paris (merci le Thalys), a pris ses fonctions le 1er janvier. Même si, dans les faits, il était déjà à Reyers depuis un an, en tant que conseiller du directeur de l’info Jean-Pierre Jacqmin. Aux côtés duquel il a en grande partie mené à bien la réforme de l’info télé de mars 2011. "Ma mission actuelle est différente. Il s’agit de traverser les années à venir en bâtissant sur ce qui a été fait. Cette réforme est un socle, pas un aboutissement. On a réinstallé une idée fondamentale en consolidant les deux pôles de la rédaction : un pôle d’experts, avec des gens comme Johanne Montay, Michel Visart, Et un pôle d’édition du JT renforcé."

Passé par quasiment toutes les rédactions françaises (Radio France, TF1, France Télévisions, Orange ), Dauriac est un vrai pro de l’info. En faisant appel à ses services, plus qu’un gestionnaire au quotidien, c’est un penseur de l’info qu’elle a recruté, un passionné qui a une vision claire de l’avenir de la presse. Plus question pour lui de "fabriquer un JT comme aujourd’hui, c’est-à-dire comme il y a 20 ans" "Plus on va, plus la valeur ajoutée du reporter de base sera faible, alors qu’avec les smartphones et les réseaux sociaux, le public est quasiment informé en même temps que nous. Parfois mieux ! Par contre, il y aura de plus en plus besoin de trier la masse d’informations, de hiérarchiser, de contextualiser. Une valeur importante va être accordée aux fonctions journalistiques qui n’étaient pas les plus nobles "

Outre la création du "15 minutes" sur La deux, la réforme de l’info télé est passée également par une plus grande variété des formats au sein des JT (de sujets de 20 sec à des sujets de 4 à 5 min). "Au bout d’un an, en mars-avril, on pourra tirer un premier bilan. Mais par rapport à France 2 par exemple, nos audiences ne sont pas mauvaises, avec une part de marché de 25 % à 13 h et de 35 % à 19 h 30. Le but n’est pas ceci dit de faire de l’audience à tout prix. Si on cherche cela, on va s’éloigner de notre ligne éditoriale. Il s’agit de travailler sur nos valeurs fortes de service public pour construire l’audience de demain." Pas question pour autant de critiquer la concurrence. Christian Dauriac estime en effet que, comme en France mais à la différence de l’Italie ou de l’Espagne, la qualité de l’info publique a poussé vers le haut l’info privée. "L’info d’RTL est d’un bon niveau mais nous avons des objectifs différents. Les chaînes commerciales cherchent l’audience à court terme alors que nous, comme la BBC ou France Télévisions, on la cherche à moyen terme. Mais il est hors de question de ne pas faire une info populaire pour un public large, de donner les clés pour comprendre le monde actuel."

Selon Dauriac, l’avenir est clairement à la délinéarisation, qui va faire exploser l’offre et la consommation de l’info. "Dans 5 ans, notre concurrent ne sera plus RTL Leur modèle va s’éroder. Ils s’en rendent compte, c’est pourquoi ils communiquent tant sur les audiences. Ils vont devoir faire face à l’arrivée violente des télés connectées, avec des acteurs comme Google ou Orange. Une des chances de la RTBF, hors info, c’est d’avoir énormément de productions en interne. RTL produit moins que nous. Mais ce sont justement les contenus achetés qui vont poser problème. RTL ou TF1 vont se retrouver en difficulté car leurs audiences, et donc leurs recettes, reposent sur des contenus que les téléspectateurs pourront facilement aller chercher ailleurs. La télé connectée va faire exploser la chronologie des médias. Nos concurrents demain seront les agrégateurs de contenus "

Pour Dauriac, la RTBF doit se préparer à ces bouleversements, qu’il voit d’ici 4 ou 5 ans à peine. "Nous devrons être excellents dans la production d’information mais aussi devenir un agrégateur d’info. D’où l’importance d’avoir recours aux réseaux sociaux. D’où le fait de construire une partie de nos contenus sur la base de contenus fournis par notre audience. Le public a de plus en plus envie de participer à l’info."

Citant les blogs du "Monde", les expériences participatives de Rue 89 ou du "Guardian", la grande idée du nouveau rédacteur en chef, c’est en effet la création, le plus rapidement possible, d’une plateforme qui pourrait créer une réelle interaction entre la rédaction de la RTBF et ses téléspectateurs-internautes. Un outil ergonomique et multiplateforme sur lequel on pourrait poster telle info, telle vidéo. Pas question pour autant de mélanger les genres. "On va mettre en place une organisation de l’information pour permettre au public de participer. J’attends qu’on me fournisse par exemple une vidéo de qualité à partir d’un smartphone. Mais il s’agit de témoins, pas de journalistes. Ensuite, il faut réhabiliter la noblesse du métier, rendre de la valeur à la capacité du journaliste à recouper, vérifier et valider l’info. Mais l’idée, c’est de créer un réseau ouvert plus moderne que le traditionnel réseau de correspondants."

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