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Malades des médicaments

Hubert Heyrendt

Mis en ligne le 01/02/2012

“Questions à la une” propose une double enquête alarmante sur les psychotropes. Une mise en garde nécessaire. La une, 20 h 20.

On a vu ces dernières années se multiplier les documentaires ("Les médicamenteurs", "Maladies à vendre" ) dénonçant les pratiques de l’industrie pharmaceutique. Laquelle s’est détournée de sa mission première (inventer des médicaments pour guérir de vraies maladies) pour ne s’intéresser qu’aux profits. Il suffit de penser par exemple au délire autour de la grippe A/H1N1, qui a surtout permis aux laboratoires d’écouler par millions des vaccins inutiles Cette semaine, Questions à la une s’attaque à son tour à ce sujet délicat car il ne touche pas qu’à une industrie mais aussi à ses liens avec le corps médical.

Dans un premier temps, François Lizen s’intéresse à une pilule qui gagne du terrain dans les cours de récréation, la Rilatine. En 2005, on comptait 15 000 enfants traités en Belgique (coût pour la sécu : 1,3 million d’euros). En 2010, ils étaient 32 000, avec une facture pour l’Inami évaluée à 5,5 millions d’euros ! Comment ce médicament "miracle" (un dérivé des amphétamines mis au point dans les années 40 comme antidépresseur) a-t-il pu s’imposer si rapidement ? La réponse est alarmante.

Selon le psychiatre américain Peter R. Breggin, en guerre contre le Ritalin (appellation américaine de la Rilatine), c’est grâce à une révision, en 1994, du "DSM" (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) par la toute-puissante Association américaine de psychiatrie. Désormais, pour diagnostiquer un trouble de l’attention (TDA-H), l’hyperactivité n’est plus un critère nécessaire De quoi élargir le spectre et permettre de médicaliser de plus en plus de jeunes (et désormais d’adultes). Aux Etats-Unis, 9 % des enfants sont déjà sous Ritalin, notamment grâce à la pression exercée par les écoles. Pas étonnant quand on sait que celles-ci obtiennent des aides des laboratoires pour chaque enfant médicalisé ! Pourtant, contrairement à ce que prétend l’ASBL TDA-H Belgique (subventionnée en partie par les laboratoires) lors de ses formations sur les troubles de l’attention auprès des professeurs, ce médicament n’est pas sans dangers

Ce machiavélisme de l’industrie pharmaceutique, on le retrouve à l’identique dans le second sujet. Pascale Bollekens y enquête sur le boom des antidépresseurs. Ici encore, l’Association américaine de psychiatrie est mise en cause. De 60 troubles mentaux dans sa 1re édition en 1952, le "DSM" devrait en recenser près de 500 dans sa 5e édition ! Comment ne pas y voir une pression de l’industrie pharmaceutique ? Car pour chacun de ces nouveaux troubles, une pilule magique existe. Un enfant un peu agité souffre désormais de TDA-H, une femme ménopausée de "troubles dépressifs de la ménopause", quelqu’un de timide de "phobie sociale" Et alors que certains de leurs brevets les plus rentables sur les antidépresseurs vont bientôt tomber dans le domaine public, les labos mettent sur le marché des "stabilisateurs de l’humeur" (comme le lithium). Reste à persuader les médecins, à coups de symposiums, de cadeaux, de recherches sponsorisées et de marketing, que leurs patients ne souffrent plus de dépression mais de "troubles bipolaires" Pour certains psychologues, on est tout simplement en train de transformer en troubles chacune de nos émotions !

Pourtant, tous ces médicaments de la classe des psychotropes (agissant sur le cerveau) créent des accoutumances, voire des dépendances. Comme le montre cette séquence dans une clinique lyonnaise spécialisée dans le sevrage aux drogues légales Inquiétant !

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