Le lait, notre ennemi ?

Doit-on avoir peur d'un grand méchant lait ? Voici un sujet controversé qui méritait une enquête approfondie. Dans le cadre du magazine "Enquête de santé", Magali Cotard signe un documentaire précis, nuancé, relativement abouti, sur la nocivité potentielle du lait de vache : Le lait, poison ou potion ?

Le lait, notre ennemi ?
©Pulsation / 17 Juin Media

Doit-on avoir peur d'un grand méchant lait ? Voici un sujet controversé qui méritait une enquête approfondie. Dans le cadre du magazine "Enquête de santé", Magali Cotard signe un documentaire précis, nuancé, relativement abouti, sur la nocivité potentielle du lait de vache : Le lait, poison ou potion ? H H

Il sera suivi d'un débat en plateau mené par Marina Carrère d'Encausse, Michel Cymes et Benoît Thevenet. Un représentant de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) répondra aux questions des internautes et téléspectateurs (via france5.fr ou #santef5), aux côtés d'un gastroentérologue, d'un pédiatre, d'un rhumatologue, et d'un chercheur en épidémiologie de la nutrition.

Cela fait plusieurs années que des médecins et journalistes, dont Thierry Souccar (qui intervient ici), remettent en cause les bienfaits du lait, pointant les tactiques de l'industrie laitière pour nous en faire consommer massivement, et écouler les stocks. Aujourd'hui, les Français commencent à douter. La consommation de lait a baissé de 13 % de 2000 à 2011, et 16 % de Français craignent des effets négatifs sur leur santé. Le lait serait responsable de nombreux maux : allergie, intolérance, digestion difficile, rhinites, otites, polyarthrite, voire cancer.

En faisant un judicieux détour par un discours rebattu et non validé scientifiquement, Magali Cotard tente de séparer le bon grain de l'ivraie. Retour en 1900 où le lait de ferme est encore un produit malsain cantonné aux campagnes, jusqu'à ce que la pasteurisation fasse son apparition, entraînant un accroissement de sa consommation.

Après la Seconde Guerre mondiale, l'Etat se sert du lait, bon marché et riche en protéines, pour lutter contre la faim. Pierre Mendès-France introduira même le verre de lait sucré à l'école en 1954. Une manière indirecte d'assurer un débouché au "fleuve blanc".

Depuis, l'industrie du lait n'a cessé d'innover pour attirer le consommateur, en ajoutant vitamines ou chocolat à son lait, ou en créant du lait sans lactose pour répondre à l'intolérance dont souffriraient au moins 30 % des Français. Un simple test à l'hôpital suffit à déterminer cette intolérance au lactose, responsable de troubles digestifs, de nausées, de maux de tête, voire de troubles articulaires.

Avec une bonne dose de pédagogie, il nous est expliqué pourquoi nous ne sommes pas programmés pour digérer le lait après l'âge de trois ans. Et malgré les recommandations officielles qui nous conseillent d'ingérer trois produits laitiers par jour, pour nous assurer un apport en calcium suffisant, cette analyse est fortement controversée. Selon certaines études, comme celles du chercheur en nutrition de l'université de Harvard Walter Willett, la consommation importante de produits laitiers jusqu'à l'adolescence n'aurait aucun impact sur le risque de fractures et sur la santé osseuse. Voire même, l'absorption de lait en grande quantité constituerait un facteur de risque dans le cancer de la prostate et dans certaines maladies immunitaires comme la polyarthrite rhumatoïde. Et c'est là que le débat est le plus sensible.

D'où la nécessité de multiplier les études indépendantes. Ce qui n'est pas simple quand on sait que la recherche survit grâce à l'industrie. Et que l'Inra (Institut de recherche agronomique), par exemple, qui établit les recommandations officielles en matière de consommation de produits laitiers en France, affiche des liens étroits avec l'industrie du lait

Caroline Gourdin, à Paris

D'autres lecteurs ont également lu

Les + consultés

Vous êtes hors-ligne
Connexion rétablie...