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Bon ou mauvais, un «polar» ce soir à «Au nom de la loi»
ROLAND PLANCHAR
Mis en ligne le 08/05/2001
Au nom de la loi» s'aventure ce soir sur le terrain difficile de l'affaire Delilez (du nom d'un inspecteur de l'ancienne PJ de Bruxelles qui est l'objet d'une instruction pour corruption). L'affaire est complexe. Pierre Delilez, jusque-là considéré comme le meilleur «flic» belge en matière de mafia de l'Est, est mis à l'écart au mois d'aout 2000, car on le suspecte d'avoir, somme toute, été «retourné» par les bandits qu'il avait pour mission de traquer. La justice s'interroge: n'a-t-il pas sollicité ou accepté des avantages indus? Et pourquoi a-t-il soudain cessé de rentrer de pourtant nécessaires rapports d'activité à sa hiérarchie?
Ceux qui ont plutôt pris fait et cause pour lui font valoir que l'émergence de ces questions n'est due qu'à des attaques provenant, précisément, de la mafia de l'Est, qui chercherait à se débarrasser d'une présence dérangeante. En pratique, selon les mêmes, ce travail de sape serait, au moins partiellement, revenu à Eric Van de Weghe, présenté comme un ex-informateur de M. Delilez et, en tout cas, réellement très au fait des affaires russes et kazakhes.
Il y a d'ailleurs un second enjeu, car tout s'inscrit dans un jeu d'influence sans merci entre deux camps, non loin du dossier Tractebel, où quelques dizaines de millions de dollars sont à glaner entre des «hommes d'affaires» russes suspectés par divers services de police et/ou de renseignement et d'autres, moins sulfureux semble-t-il, du Kazakhstan. Bref, c'est aussi une affaire de (très) gros sous.
CORRUPTION TOUS AZIMUTS?
Il se trouve que, de judiciaire, le sujet est également devenu récemment médiatique. Ciblant l'"informateur» mardi, «Le Soir Magazine» (un hebdomadaire dont la rubrique «investigation» souffre de condamnations régulières par les tribunaux et qu'on ne confondra pas avec le très sérieux quotidien «Le Soir») a en effet lancé une masse d'arguments contre lui. L'hebdo va jusqu'à laisser entendre qu'il aurait corrompu un journaliste bruxellois (l'intéressé, crédible, nie), voire l'avocat général montois Jean-Claude Leys!
C'est que, après avoir placé M. Van de Weghe sous mandat d'arrêt en 1997, quand il était juge à Bruxelles (pour une affaire de faillite douteuse qui a valu à l'intéressé une condamnation en octobre 2000), M. Leys avait ensuite entretenu de la sympathie pour lui (et s'était bien sûr aussitôt démis de tout dossier en rapport), les deux hommes restant en contact suivi.Bref, par exemple et sur trame de corruption, un journaliste et M. Leys sont censés avoir participé, avec M. Van de Weghe, à un scénario devant aboutir à la corruption d'un juge bruxellois instruisant une affaire de moeurs à charge d'un tiers, afin de «blanchir» ce dernier. Le hic, c'est qu'au moment où l'affaire est supposée s'être déroulée, au mois de février dernier, le magistrat instructeur avait déjà bouclé son dossier, transmis au parquet. Aucune influence n'était donc possible
Autre exemple: M. Leys aurait favorisé, pour son ami Van de Weghe, un très douteux «homme d'affaires» russe en le recommandant auprès du secrétaire d'Etat au Commerce extérieur. Pierre Chevalier (dont les ennuis judiciaires n'ont rien à voir ici) : «Jean-Claude Leys m'a surtout précisé que, à son estime, cette personne n'était pas recommandable et que je ferais bien de m'adresser à la Sureté de l'Etat»
Ce qui donne un tout autre éclairage à l'anecdote.
Quelle version donnera ce soir «Au nom de la loi» ? Son communiqué précise que «certains accusent (Eric Van de Weghe) de jouer les informateurs () pour mieux couvrir ses propres escroqueries. Tantôt homme de confiance de certains «hommes d'affaires» russes, il n'hésite pas ensuite à les vendre aux services secrets américains. Engagé par après par les douanes américaines, il va renseigner la mafia russe». Il aurait, de surcroit tissé, des liens lui assurant l'impunité avec des journalistes, des policiers et des magistrats. «Peut-il pour autant aller jusqu'à faire suspendre un policier gênant ()?», demandera ce soir «Au nom de la loi».
Côté justice bruxelloise, on attend avec impatience l'émission. Et l'on n'y est pas tendre pour «Le Soir Magazine». «Nous nous sommes rejoints sur certains points pendant l'enquête, mais nous restons totalement indépendants quant au produit final», indique à ce propos Gérard Rogge, journaliste-phare d'une émission qui conserve de belles lettres de noblesse.
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