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Emission | Littérature
François Busnel, gourmand de lecture
Hubert Heyrendt
Mis en ligne le 11/03/2010
Rédacteur en chef du magazine "Lire", chef du service livres de "L’express", chroniqueur à France Info, présentateur sur France 5, ça fait des casquettes pour un seul homme ! "On reste quand même dans le même domaine. C’est comme un chef qui doit surveiller sur ses fourneaux une entrée pour la cinq, un plat pour la dix ", s’amuse François Busnel, de passage à la Foire du Livre de Bruxelles samedi dernier pour parler sa "Grande librairie". Une émission qui, dans sa seconde saison, commence à trouver son public avec 450 000 téléspectateurs sur ses deux diffusions (le jeudi en prime et le dimanche matin). Mais Busnel se veut tout sauf un prof de littérature, plutôt un passeur. "Je suis d’abord journaliste, pas un critique littéraire L’idée, c’est de redonner l’envie aux gens de lire, de s’ouvrir à d’autres univers. Il s’agit de rallumer quelques feux ici ou là "
Dans cette mission, le bonhomme est conscient de tout ce qu’il doit à un certain Bernard Pivot "Je ne crois pas au chef qui a tout inventé, explique Busnel, filant une métaphore culinaire qui sied bien à ce grand gourmand, de livres mais aussi de restos, de voyages J’aime beaucoup les restaurants où les chefs paient leur dette aux grands qui les ont précédés en les remettant à leur sauce. Pivot est le meilleur, il a tout inventé. Il m’a donné envie de faire ce métier. Je me souviens, enfant, quand il recevait Claude Levi-Strauss, je ne comprenais pas tout ce qui se disait mais je voyais les yeux pétillants de Pivot et je me disais que ce devait être passionnant !"
Aujourd’hui, parler de littérature à la télévision est encore plus difficile qu’à l’époque de Pivot. "La grande librairie" est d’ailleurs l’unique émission littéraire de la télé française Si Busnel officie sur France 5, il a fait ses débuts en solo - après avoir été durant 10 ans chroniqueur à bord du "Vol de nuit" de PPDA - dans "Les livres de la 8" durant trois ans sur Direct 8. "Il y a 5 ans, Philippe Labro et Vincent Bolloré m’ont téléphoné pour me dire qu’ils lançaient une nouvelle chaine et qu’ils me donnaient carte blanche pour faire ce que je voulais, sans objectif d’audience. Il y avait moins de moyen qu’aujourd’hui mais une liberté de création totale. C’est grâce à ces deux fous que France 5 a pu venir me chercher "
La recette d’une bonne émission selon François Busnel ? "Il faut des têtes d’affiche, afin d’amener les gens à découvrir des auteurs moins connus." Et il ne s’interdit pour cela de recevoir personne. Même pas Marc Levy "Si demain, il fait un livre qui m’intéresse, pourquoi pas ? Ça a été le cas avec Philippe Solers. Pour moi, il avait écrit jusqu’ici de mauvais romans mais j’ai aimé son dernier livre sur les grands auteurs. Je l’ai donc invité. Ceci dit, Marc Levy, c’est du fast-food; on n’a pas besoin de moi pour y aller. Marc Levy, c’est une autoroute, je préfère les petites départementales, les impasses, les chemins de traverse." Busnel se fait plus tendre pour une autre grosse vendeuse, Amélie Nothomb. "Pour moi, c’est la différence qui existe entre les romans d’amour et les romans qui questionnent l’amour. Ce sont ces derniers qui m’intéressent, qui me posent des questions. Quand je lis Amélie Nothomb, j’ai toujours des questions à me poser "
Des questions, il a pu également en poser dans sa "Grande librairie" à des pointures comme Paul Auster, Philip Roth, Colum McCann, James Ellroy, Harlan Coben la semaine dernière ou encore Patrick Madiano ce soir. Tandis que, jeudi prochain, à l’occasion de la Foire du livre de Paris, il réunira douze écrivains (Amélie Nothomb, Jean d’Ormesson, Daniel Pennac, Frédéric Beigbeder ) autour d’un petit jeu : "Livrer leur classique absolu et leur classique pourri. En espérant que le classique absolu de l’un sera le classique surfait d’un autre évidemment " Comme quoi, on peut parler de littérature tout en restant ludique !
En effet, François Busnel n’a rien perdu de son enthousiasme. "Quand on lit, il faut que l’on se dise : qu’est-ce que je ferais à la place du personnage. C’est la différence qui existe entre Patricia Higgins-Clarck et Stephen King. L’une ne fait de la littérature, l’autre oui. Qu’il s’agisse d’un livre, d’un resto, d’un caviste, d’une expo, on doit avoir envie de le partager avec les autres." Et pour cet amoureux des livres, le roman est loin d’être mort ! "Je me prends encore régulièrement de belles claques, comme avec le dernier Ellroy ou le livre de Laurent Binet. Tous les grands romanciers sont un peu fous, complètement habités par leur univers. Les artistes sont des fous géniaux en liberté, ils doivent pouvoir aller au bout de leur obsession "
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