La Libre.be > Culture > Médias/Télé > Article
Document | Histoire
"Le rapport Karski", une réponse à Haenel
Caroline Gourdin
Mis en ligne le 17/03/2010
En 1943, le résistant polonais Jan Karski est chargé par deux leaders juifs du ghetto de Varsovie de témoigner, auprès des Alliés de l’Ouest, de l’extermination des Juifs par les nazis. Sa mission l’amène à rencontrer, parmi d’autres personnalités de haut rang, le président américain Franklin Roosevelt. Une entrevue mise en scène par Yannick Haenel dans un livre sorti chez Gallimard en septembre 2009 : "Jan Karski, roman", qui fait bondir le réalisateur Claude Lanzmann. C’est le début d’une polémique opposant partisans de la vérité historique et liberté du romancier (cf. LLB du 4 février dernier). Et le point de départ du film Le Rapport KarskiH H , qui revient notamment sur cette fameuse rencontre, en juillet 1943, avec Roosevelt.
Sans le livre de Haenel, Claude Lanzmann n’aurait sans doute jamais sorti ce document de ses archives. "J’ai été horrifié par ce que Haenel écrivait. La première partie de son roman est une paraphrase, un commentaire, un plagiat de mon film "Shoah". La deuxième partie est un parasitage du livre de Jan Karski, publié en 1944, "Story of a Secret State". La troisième permet au livre d’être intitulé roman. J’ai eu honte d’avoir laissé faire cela. C’est tellement contraire à la réalité !", s’insurge encore le réalisateur au moment de présenter son film à la presse. Dans cette troisième partie romancée, Yannick Haenel présentait les Alliés, à commencer par le Président Roosevelt, comme étant indifférents au sort des Juifs et coupables de complicité avec les nazis. Une présentation tronquée de la réalité selon Claude Lanzmann, qui interviewa Jan Karski en 1978, pour les besoins de son film "Shoah".
De cet entretien de deux jours avec l’ancien résistant polonais, le réalisateur n’avait gardé au montage que le récit de sa rencontre avec les leaders juifs, de son infiltration dans le ghetto de Varsovie et dans un camp d’extermination. Mais Jan Karski lui avait aussi raconté la manière dont il avait rempli sa mission auprès des Alliés de l’Ouest. "Cela ne m’intéressait pas de raconter cela dans "Shoah", et j’ai trouvé à l’époque Karski trop théâtral, cabotin, ce qui contredisait le tragique qu’il incarnait jusque-là. En même temps, je trouve le récit très fort quand je le revois", explique Claude Lanzmann.
S’il est vrai que Jan Karski s’avère agaçant dans ce récit aride de 48 minutes, livré brut, hormis un préambule lu par Lanzmann, son témoignage, très puissant en fin de compte, met le doigt sur une question majeure : un évènement comme la Shoah peut-il être seulement entendu, compris, conçu par l’humanité ? A en croire le récit que fait Karski de sa rencontre avec Franklin Roosevelt, et plus encore avec Félix Frankfurter, juge à la Cour suprême des Etats-Unis, lui-même juif, l’extermination des Juifs était incompréhensible. A Karski qui vient lui faire son rapport, le juge répond : "Je ne dis pas que vous êtes un menteur, je dis que je ne vous crois pas." Avec ce film, Claude Lanzmann interroge : "Qu’est-ce que savoir ? C’est la question centrale." Dans son préambule, il reprend une phrase de Raymond Aron, réfugié à Londres pendant la Seconde Guerre mondiale : "J’ai su, mais je ne l’ai pas cru, et puisque je ne l’ai pas cru, je ne l’ai pas su."
C’est d’ailleurs à la fois pour son "intérêt historique" et pour "le problème philosophique qu’il pose" que Jérôme Clément, le président d’Arte France, a accepté de donner suite au projet de Claude Lanzmann.
Le rire "communicatif" du...
François Fillon à Bruxelles
Le trophée de l'Euro 2012 se...
Il saute d'un hélicoptère...