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Nuits Botanique

Bonnes nouvelles des étoiles

P.D.G., D.S et S.L.

Mis en ligne le 17/05/2008

Daniel Darc tient debout et la route, les guitares hawaïennes font trait d'union et CocoRosie est au ciel. Avec ça, un Ideal Husband et le coup de Soko.

Coincée entre deux icônes "alternatives" françaises, Marie-France et Daniel Darc, Brisa Roché aurait pu s'inquiéter de l'accueil que lui réserverait le chapiteau. Mais ce n'est visiblement pas dans son caractère. En bonne fille de babas cool californiens qu'elle est, l'extraterrestre américaine impose, avec gaieté, un univers où les comptines enfantines croisent de douces mélodies pop, rock ou blues. Le plaisir évident qu'elle prend à chanter, et son groupe à jouer, ainsi que sa fantaisie naturelle, lui assurent la sympathie du public présent.

Dès la fin de son set, les rumeurs les plus alarmistes sur l'état d'ébriété de Daniel Darc bruissent. A tort. Si la voix est parfois pâteuse et l'élocution pas toujours claire, le rocker français paraît plutôt en forme. Les trois-quarts du long concert sont bien évidemment consacrés aux deux derniers albums, "Amours suprêmes" et "Crève coeur". Mais, comme pour rappeler, que sa carrière solo n'a pas commencé en 2004, Darc exhume aussi quelques morceaux tirés de Nijinski (1994), sans oublier deux morceaux de Taxi Girl, pour contenter les plus anciens. Mi-ange maudit, mi-démon gentil, et sans tomber dans des travers de dandys ou de crooners qui ne lui iraient pas, c'est avec une certaine classe que l'homme tatoué mène ses deux heures de concert. Et donne une petite claque à ceux qui venaient le voir de peur de ne plus en avoir l'occasion. Nous voilà rassurés : l'homme n'a pas encore un pied dans la tombe. A peine un orteil. Et un bout de foie.

Guitares hawaïennes

S'il est une chose que les Britanniques savent faire, depuis des générations, c'est le folk rock. Noah and the Whale sont de cette trempe et font chauffer l'Orangerie en trois coups de cuiller à pot. Question lutherie, outre les violon, guitare, batterie et glockenspiel de rigueur, on trouve, plus surprenants, un harmonium portatif Dina fabriqué en Inde et une guitare hawaïenne.

Parfois, le lien entre les groupes présentés sur une même affiche n'apparaît pas de manière très évidente. Dans ce cas-ci, c'est clairement la petite guitare hawaïenne qui fait trait d'union. On la trouve chez Soko (voir ci-dessous) et elle est un élément central d'Ideal Husband. Normal : c'est ce folklore pacifique qui sert de terreau à la nouvelle pop de Sandrine Collard, compositrice que l'on ne verra malheureusement pas sur scène. "Imaginez plage, mer, soleil..." susurre Louise Peterhoff . Tout est dans les points de suspension, comme dans cette panoplie vibratile composée de contrebasse, lap steel, vibraphone, ukulélé. Chant et mouvements ondulatoires, Louise rayonne. Elle aurait sans doute intérêt à varier un peu les approches, les intonations. Voix d'oiseau sur la branche, elle se frotte superbement à la voix de baryton façon Leonard Cohen de Vince pour d'étranges "Objects in the Mirror", une des perles de l'album "No bye no Aloha".

Célestes CocoRosie

On pressentait que cette Nuit serait belle, délicatement étoilée, voilée de mystère, de travestissements en tous (trans) genres, un peu barrée, émouvante, au Cirque. D'abord parce que les soeurs Bianca et Sierra Casady, alias CocoRosie, allaient y déployer leur attachant univers de bric et de broc - à l'instar de leurs fringues et de leurs visuels -, folk-hip-pop poético-ludique inimitable. Mais aussi parce qu'elles seraient, ce soir, accompagnées par le Mons Orchestra. On n'a pas été déçu.

Lumière tamisée. Les interventions de l'orchestre (une douzaine de musiciens), ponctuelles mais subtiles, ici renforcent le côté dramatique d'une chanson (les cordes sur "Beautiful Boyz"), ou en étoffent l'atmosphère sonore étrange, voire inquiétante ("Bloody Twins"). Le plus étonnant est que tout cela, voix de soprano de Sierra, voix nasillarde et enfantine de Bianca, "human beatbox" (le fabuleux Tez), harpe et piano classique, cris d'animaux et bruits de trains crachotés par des jouets, sections de cordes et vents, tout cela s'accorde, ou se désaccorde, à merveille.

Sierra, qui a étudié le chant lyrique à Paris, profite de la présence de l'orchestre pour s'offrir un pur moment d'opéra, une aria du "Medium" (1946) de Menotti. Plus loin, le "Turn me on" R & B de Kevin Lyttle se transforme en pièce céleste sous la baguette des fées Casady. Qui offrent, en prime, quelques nouveaux morceaux, dont le très inspiré et non moins enjoué "God has a voice". Une nuit céleste, disait-on...

Savoir Plus

Soko c'est drôle

Qui c'est ça, qui c'est celle-là ? Soko, le versant musical de l'actrice Stéphanie Sokolinski ("Dans les cordes", avril 2007). Cette jeune Bordelaise au tout début de la vingtaine n'a pas encore de disque, enfin si, un petit cinq titres, et elle remplit l'Orangerie du Bota. En festival, certes, mais tout de même. Le secret ? Lancé fin 2006 sur MySpace, "I'll Kill Her", belle histoire de jalousie corse, a cartonné un peu partout, pour aboutir dans l'Ultratop en Belgique.

En scène avec un guitariste, elle joue la mutine, l'espiègle. La chanson pop minimaliste avec caresses et coups de griffes. Les sujets graves ("I Think I'm Pregnant"), elle feint de les traiter par-dessus la jambe. Elle s'invente aussi tout un bestiaire, dont "Baby Cat" et "I Wanna Look Like A Tiger" ne sont pas les moindres représentants.

Soko se veut polyinstrumentiste. Au clavier, ça va, au ukulélé itou, mais à la batterie et à la guitare, pas du tout. On veut bien croire au débordement d'énergie à la punk, qui se condense en deux accords, mais après un temps, le coup de la gamine lâchée dans un magasin d'instruments, ça commence à bien faire. Le truc est-il en train de partir en vrille ? C'est elle-même qui redresse et compense le côté simpliste de certaines chansons par une versatilité et une présence vocales extraordinaires : du murmure susurré au cri strident en passant par le chant fripon et la comptine, cette fille sait tout faire. Douce folie et gros mots. Une reprise de "Do You Realize" donne des pistes : "The Flaming Lips, le meilleur groupe du monde". Soko donne aussi une version très personnelle d'"Alligator", alors, see you later ? In a while, crocodile.

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