Pierre Perret : "Je me bats pour l'optimisme"
On ne dirait pas que Pierre Perret aura 80 ans au mois de juillet 2014 ! Le sourire enfantin et le regard pétillant, il nous explique qu'il ne s'est jamais arrêté d'écrire, de composer, de chanter, tout en mordant la vie à pleines dents.
- Publié le 20-12-2012 à 07h31

On ne dirait pas que Pierre Perret aura 80 ans au mois de juillet 2014 ! Le sourire enfantin et le regard pétillant, il nous explique qu'il ne s'est jamais arrêté d'écrire, de composer, de chanter, tout en mordant la vie à pleines dents. S'il avoue être heureux et prépare une grande tournée pour son anniversaire, l'auteur de "La Femme grillagée" ne faiblit pas question engagement. Du racisme à la langue française, Pierre Perret nous raconte ce qui le met en colère ou l'émerveille chaque jour.
Depuis plus de cinquante ans, vous chantez la tolérance, la liberté, l'égalité…
Il faut toujours mettre un coup sur la meule et ne pas laisser tomber. Quand je retrouve des textes comme "Vert de colère" ou "La bête est revenue" dans les livres d'école, je me dis que c'est une bonne chose. Peut-être que ce serait pire s'il n'y avait pas ces chansons-là.
Pensez-vous que les jeunes de la chanson française ont le même engagement que vous ?
Je ne sais pas s'ils l'ont, mais dans le peu de manifestations qu'on trouve de ce type-là, il y a un douloureux manque de vocabulaire et de culture. Ces jeunes gens ne se rendent pas compte qu'avant d'écrire il faut avoir lu. Il faut travailler et sans arrêt remettre en question son écriture.
Comment expliquez-vous ce délitement de l'orthographe ?
Depuis vingt ou trente ans, il y a eu un glissement des valeurs culturelles dans les écoles, comme l'orthographe, la lecture, l'écriture Quand j'étais enfant, si j'avais fait une demi-faute dans une dictée, j'étais malade pendant trois jours. J'ai reçu des courriers quand ils ont donné "Lily" comme sujet du bac il y a trois ans, certains étaient bien tournés mais il y avait une faute d'orthographe à chaque ligne, parfois deux ! Pour des bacheliers !
C'est une question de valeurs, de génération… ?
C'est un laxisme des enseignants et des parents. Les parents se reposent sur les enseignants et les enseignants pensent que les parents doivent structurer un peu plus leurs enfants. Quand un professeur réprimande un gosse, son père arrive et vous fout un pain C'est grave. L'autorité et le respect de l'enseignant et de l'enseignement ne sont plus là. Tout cela manque de rigueur et de sérieux, sans être austère. Moi, je ne suis pas devenu austère, loin de là, parce que j'ai appris à bien trousser une rédaction ou à écrire sans fautes d'orthographe.
Vous qui êtes un grand amoureux de la langue, n'avez-vous jamais songé à écrire de la fiction ?
Non, jamais.
Pourquoi pas ?
Je ne sais pas. Tout mon temps extra à l'écriture de chansons a été pris par des aventures plutôt autobiographiques. Ce sont des récréations au milieu des chansons que je travaille et peaufine parfois pendant plusieurs années. Vous avez écrit sur la pêche, cela vous inspire ? Beaucoup ! C'est une soupape nécessaire.
Parce qu'au fond, cela fait 50 ans que vous luttez contre la bêtise et les imbéciles.
Plus de 55 ans ! Vaste programme, n'est-ce pas ?
Comment parvenez-vous à rester optimiste ?
Je me bats pour l'optimisme ! Je me bats pour que les gens ne baissent pas les bras, pour qu'ils soient créatifs, actifs, aillent vers la passion ! Voilà ce pour quoi je me suis toujours battu. J'estime, pour les gens qui geignent et se plaignent, qu'il y a toujours un moyen. Moi je ne suis jamais resté une journée sans travailler de ma vie.
Ces gens ne prennent pas le temps...
Pas de temps pour s'éduquer, pour lire, pour se promener. Beaucoup passent leurs journées sur Internet puis leurs soirées devant la télé et ne prennent jamais la peine d'ouvrir un bouquin, une bonne BD, de discuter, de mettre leurs bottes et d'aller faire une balade. Il faut cultiver tous les goûts qui vous mènent vers un résultat enrichissant.
Certains se sentent noyés par les flux d'informations négatives…
Moi, je refuse ! La vie est pleine de couleurs, je refuse d'être unicolore ! Je refuse la télé, Internet et le téléphone enfermé dans un bureau toute la journée. Certains sont astreints à cela, mais il faut sortir d'un ronron, d'une prison, d'un quotidien où l'on ne s'occupe pas de sa femme, de ses enfants, de son enrichissement personnel.
C'est la clef du bonheur ?
En tout cas, une clef qui m'a ouvert beaucoup de portes !
