Musique / Festivals

Quelles gueules, quand même... Des rescapés des années 1980, qui ont traversé les années sans se rendre compte des changements que le passage du temps pouvait impliquer en termes de mode. De vieux vêtements sans doute trouvés dans une friperie cheap, des coiffures improbables avec beaucoup trop de cheveux, quoique de moins en moins, des têtes de psychopathes. Quelles gueules, quand même…

Dire que Phoenix n’a pas pris une ride serait un poncif peu crédible. Dire qu’à chaque album le groupe renaît de ses cendres serait d’un goût discutable. Phoenix a vieilli, est-ce pour autant que le kitsch les guette ? Oui, de temps à autres, surtout avec ce nouvel album, Ti amo, aux sonorités eighties affirmées. Alors le kitsch, peut-être, mais la désuétude, jamais. Le quatuor est tellement mythique qu’il en devient intemporel.

Et justement, ce vendredi soir, Phoenix va faire trembler les murs de l’Ancienne Belgique. Il faut dire qu’elle est trop petite cette salle. Surtout pour ce groupe qui était censé jouer à Forest National. Elle est trop petite, cette salle, et elle ne contiendra jamais toute l’allégresse d’un public qui chante déjà à tue-tête les musiques diffusées dans la salle pour le faire patienter entre la fade première partie et son groupe favori. Personne ne tient plus en place.

A 21h03, c’est un groupe gonflé à bloc qui s’élance sur la scène. A partir de là, c’est un feu d’artifice. J-Boy, premier extrait de leur dernier album, entame le concert. Une mise en bouche presque fade comparée au festin qui s’annonce. A chaque chanson, dès le premier battement de batterie ou la première vibration de corde de guitare, le public reconnaît son tube, son hit, sa chanson, et les flots de souvenirs qui vont avec.

Lasso, EntertainmentLisztomania. Alors que l’on ne réagit plus que sauvagement, guidé par son seul instinct, on se dit que Phoenix pourrait faire un « concert de tubes ». Un concert seulement composé d’hymnes qu’on a tous chantés par cœur. D’ailleurs, Thomas Mars ne se donne même plus la peine de faire les couplets. De toute façon, on ne l’entend plus sous les cris de la salle.

Peut-être ont-ils vieilli, mais il est saisissant de voir comment en quelques chansons l'effet Madeleine de Proust est immédiat. Soudain, nous sommes de retour en 2013, quand Bankrupt! surprend par son aspect rétro-futuriste alors novateur. Puis nous sommes en 2009, et Wolfang Amadeus Phoenix révolutionne la pop à grands coups de singles incontournables et efficaces. Le temps est suspendu. Mieux : le passé nous rattrape et on le laisse nous avaler.

Le dernier album est assez peu présent dans la setlist, comme un aveu de faiblesse. Ti amo n’a pas réussi à dépasser l’indépassable. Ce n’est pas grave, en plus de vingt ans de carrière, le répertoire est large et il y a encore de belles pépites à écouter. Comme Rally, par exemple, qui nous ramène en 2006. Mais le public de l’Ancienne Belgique est désormais trop ivre de bonheur pour se préoccuper de ce qu’il faisait en 2006. D’autant que Phoenix l’emmènera bientôt 18 ans en arrière (oui, vraiment déjà), le temps d’un If I ever feel better magistral, où le public chante par cœur malgré le rythme effréné.

De bout en bout, Phoenix électrise la salle. Thomas Mars multiplie les bains de foule, promenant le fil rouge de son micro au-dessus des têtes du public hystérique. Mais ce public est fou, il faut le calmer ! Pour cela, le chanteur a une astuce presque imparable. Le temps de deux morceaux, le concert devient intimiste. Installé au plus près de son public, il interprète le Countdown du quatrième album, avec pour seul support la guitare qui résonne sur la scène. « True and everlasting, that’s what you want », sussure-t-il alors : éternel, on voudrait que ce concert le soit, oui.

L’astuce de Mars ne fonctionne qu’à moitié, la foule saisit chaque silence un peu trop long pour se remettre à applaudir. C’est qu’on ne calme pas si facilement un public qu’on a à ce point galvanisé. Qu’à cela ne tienne, avant de refermer le concert, Phoenix convoque une dernière fois le passé, plus lointain encore, avec un 1901 puissant, laissant la foule hagarde et ahurie, vidée. Magistral.