Musique / Festivals

Le rocker belge préféré des Français a profité de son premier concert au Grand Stade lillois pour annoncer son cinquantième album studio, « De l'amour », à paraïtre le 13 novembre. Demain...

Sacré Johnny ! C'est toujours un peu grand guignol avec lui. En haut de la scène, une grande tête de mort façon club de Harley-Davidson, voire Hell's Angels. Toutes canines ricanantes, elle descend, s'ouvre en deux verticalement, et qui c'est qui en sort? « Johnny Hallyday, Johnny Hallyday, Johnnny Johnny Johnny Hallyday », comme le scandent ses quelques 22000 fans rassemblés dans le stade lillois. Sortir d'une tête de mort pour entamer « Rester vivant », avouez, y a que Jojo !

Comment le qualifier encore? Infatigable? Increvable? Inoxydable? Le voilà qui, à 72 ans vécus à la vitesse du son du rock'n'roll, remet le couvert. Après avoir chauffé le nouveau spectacle durant les festivals estivaux à Nîmes, Nice, La Rochelle où Saint-Jean d'Acre n'en croit toujours pas ses oreilles, la tournée « Rester vivant » a véritablement démarré au Zénith de Saint-Etienne les 6 et 7 octobre, avant de faire une double halte, vendredi et samedi au Grand Stade de la banlieue lilloise, à Villeneuve d'Ascq.

© Decibels Prod

Tout fait, tout dit, tout chanté, tout montré

Que peut encore offrir un Johnny Hallyday à sa 183e tournée? Il a déjà tout fait, tout dit, tout chanté, tout montré et, à 72 balais, plus question de se rouler par terre autour du pied de micro. Alors? De la bonne musique, un beau spectacle et, comme d'habitude, tout son coeur pour chanter. Car, bien sûr, il n'a plus la voix de ses 20 ni même de ses 50 ans, cela s'entend dans « Requiem pour un fou ». Mais les limites sont faites pour être transcendées, le chanteur va le montrer maintes fois, comme dans « Noir c'est noir ».

Et même, cela n'enlève rien à la splendeur du « Requiem » façon Jojo, car sa dimension théâtrale est aussi phénoménale, appuyée par les images vidéo. Deux grands écrans verticaux de part et d'autre, un horizontal en haut et six mobiles, qui se baladent de l'arrière au dessus de scène : dans « Requiem pour un fou », le chanteur est au milieu de toutes les flammes de l'enfer, avant d'être entouré de larmes en cascades durant « J'ai pleuré sur ma guitare ».

L'un des chansons rares dont Johnny Hallyday a décidé d'émailler sa nouvelle tournée. Il en a quelques unes dans sa besace, lui dont « Rester vivant » est le quarante-neuvième album studio! Vendredi soir, on entendra encore « Nadine » ou « Je suis victime de l'amour ». Le dernier album paru est aussi bien défendu avec, outre la chanson titre en ouverture, « Seul », « Au Café de l'Avenir » et « Te manquer » au final.

Le feu est bien allumé

Mais pas de concert de Johnny Hallyday sans les tubes qui mettent le feu, à commencer par l'allumer bien sûr. Longtemps utilisée en intro, cette chanson termine le deuxième set, comme quoi l'on peut « Allumer le feu » à tout moment. Et puis, il y a, comme il le dit, toutes ces chansons avec des noms de filles, oh oui, comme « O Carole » reprise des Stones, l'immanquable « Gabrielle ou encore « Oh ma jolie Sarah » avec ces rafales verbales signées Philippe Labro, tellement vraies!


« Car tout change et tout casse et tout passe et tout lasse
Le désir, le plaisir se diluent dans l'espace
Et tu n'auras plus rien »


« C'est affreux, déplaisant, affligeant, désolant
Comme nous sommes tous victimes du temps
Mais je n'y suis pour rien »


Tout cela ne serait rien sans le formidable orchestre mené par le guitariste Yarol Poupaud, pas avare de riffs qui font mal. Il est secondé à la guitare par Robin Lemesurier, qui cultive son petit air de Keith Richards. L'harmoniciste Greg Zlap (de son vrai nom Szlapczynski) n'est pas en reste, dont le solo obsédant comme un riff de John Lee Hooker fait décoller « Gabrielle ». Et puis il y a ces choeurs et cuivres formidables, qui donnent la touche rhythm'n'blues essentielle au Johnny du XXIe siècle. Ainsi, Wilson Pickett himself n'aurait pas dénigré cette version d' « In the Midnight Hour », devenu « Jusqu'à minuit ». Ces mêmes choeurs et cuivres qui assurent la transition avec un « « I want to take you higher » (Sly and the Family Stone) époustouflant et des « boom laka laka laka boom laka laka laka laka » plus vrais que nature.

Enfin, ce show époustouflant est aussi bon signe: Johnny Hallyday montre qu'il a toujours envie d'avoir envie et en profite pour annoncer, chanson à l'appui, son nouvel album intitulé « De l'amour », un sujet sur lequel on lui fait confiance. Le titre lui-même est un rafraîchissant retour aux sources rockabilly, et le chanteur promet que ce cinquantième album « studio, hein, seulement », est « probablement le plus intime. » Sacré Johnny !



--> Johnny Hallyday en concert les 21 et 22 novembre au Palais 12 à Bruxelles. Album « De l'amour », parution le 13 novembre.