Musique / Festivals

Pour sa 48e édition, le Festival de Stavelot a choisi de s'afficher entre surprises et traditions. Façon subtile de décliner le thème général du Festival de Wallonie 2005 - Musique en contrastes - en poursuivant la voie d'exploration chère aux programmateurs tout en comblant un public nombreux qui aime aussi à entendre les grands standards, si l'on ose écrire, de la musique de chambre.

Ainsi du programme du premier concert du soir, donné mardi et mercredi dans l'incomparable cadre de l'ancien réfectoire des moines de l'abbaye: une rareté, encadrée de deux classiques. Rareté relative, certes, puisque la symphonie concertante de Mozart est plutôt à classer au rang des tubes mais qu'on joue rarement, comme ici, sa transcription pour sextuor à cordes. Elle vaut pourtant le détour, parce que son auteur (inconnu) ne s'est pas contenté de prendre un quatuor pour en faire l'orchestre en distribuant aux deux supplémentaires les parties solistes de l'oeuvre originale mais a, au contraire, battu les cartes et redistribué à chacun des musiciens un peu de chaque rôle. Le sextuor offre ainsi un vrai plus par rapport à la version originale, non seulement parce qu'il renouvelle notre perspective d'écoute mais parce qu'il tire aussi Mozart vers une époque ultérieure.Les deux classiques étaient, eux, on ne peut plus résolument romantiques : en mise en bouche (pour le public, en jambes pour les musiciens), le sextuor d'ouverture du «Capriccio «de Strauss et, en plat de résistance, le premier sextuor de Brahms, un temps popularisé par «Les amants» de Louis Malle mais trop rare sur les scènes aujourd'hui tant il est vrai que, dans le secteur classique, les six cordes sont bien plus rares que dans le rock.

Fidèle à ses options, le Festival de Stavelot avait d'ailleurs joué pour l'occasion le rôle de marieur, réunissant six musiciens de notoriétés et d'horizons divers mais qui se révélèrent parfaitement assortis: le violoniste roumain Liviu Prunaru (deuxième du Reine Elisabeth en 1993) et sa jeune élève russe Valentina Sviatlovskaia, et, côté belge, les altistes Anne Leonardo et Philippe Allard et les violoncellistes Luc Dewez et Sébastien Walnier. Brillants mais très concentrés en première partie - tous jouaient pour la première fois ce Mozart déconcertant -, les archets se révélèrent plus à l'aise dans Brahms, plus libérés car en terrain connu.

Et les instruments d'atteindre une plénitude sonore intense, comme des fleurs qui se seraient tout à fait ouvertes au soleil.

Prochain concert: oeuvres pour deux pianos de Debussy, Poulenc, Mozart et Brahms par les soeurs Laffitte, vendredi 6 et samedi 7 août. Tél. 080.86.27.34.

© La Libre Belgique 2005