Adamo, l’homme sans âge

Marie-Anne Georges Publié le - Mis à jour le

Musique / Festivals

L’année prochaine, Salvatore Adamo aura 70 ans. Le chanteur belgo-sicilien aime bien faire la fête, mais n’apprécie guère qu’on lui impose le moment. C’est ce qu’il laisse entendre sur “La Fête”, une des chansons que l’on trouve sur son nouvel album “La Grande roue”: “Allez viens c’est jour de fête/Célébrons n’importe quoi/Tout ce qui nous passe par la tête/Et puis tiens, pourquoi pas toi et moi.”

2013 sera pourtant une année Adamo. Difficile de passer à côté de 50 ans de carrière, encore plus quand celle-ci s’accompagne de 100 millions de disques vendus à travers le monde: d’Amérique du Sud en Asie en passant par l’Europe. Dans son genre, Salvatore Adamo est une star. Ça aurait pu lui monter à la tête, il est resté d’une simplicité extrême. D’une gentillesse, d’une disponibilité et d’une modestie peu courantes. A plusieurs reprises, l’entretien sera interrompu par des admirateurs: “Monsieur Adamo, je voulais vous dire combien j’apprécie ce que vous faites.” Sincèrement ému, le chanteur les remerciera à chaque fois, d’un sourire relevé de jolies pattes d’oie qu’il a au coin des yeux.

Auteur-compositeur-interprète, Salvatore Adamo a écrit quelque 500 chansons. Son dernier opus en contient douze, qu’il a dû choisir parmi la soixantaine qu’il avait composées! “Cela s’est fait à l’instinct, tout simplement. Selon ce qui m’interpelle, je suis capable d’écrire une chanson triste alors que j’ai passé une journée joyeuse. L’inverse est tout aussi vrai: je peux sortir d’un drame et me défouler en écrivant une blague.”

Tout au long de ce 23e album studio, Salvatore Adamo convie le passé. “J’ai assez de recul”, sourit le fringant sexagénaire. Les paroles comme la musique de la plupart de ses chansons baignent dans une douce tristesse – sa saudade à lui. “La Fête”, de nouveau elle, a le charme inusable des valses lentes. Sur “Golden Years”, qu’il interprète en anglais, il a voulu reproduire l’ambiance musicale de ce qu’il écoutait dans les années 60 “tout en étant passé, grâce à mon fils Benjamin, par l’écoute d’un groupe contemporain qui s’appelle Timber Timbre dont une chanson, ‘Every Heart Is a Lonesome Hunter’, possède une rythmique marteau. Sur ‘Golden Years’, j’ai voulu que l’on trouve aussi cette énergie, sinon, cela aurait pu être un peu mièvre même si dans le texte, je revendique qu’à mon âge on peut encore faire des bêtises”.

Ailleurs, c’est l’italien qu’il convoque pour une chanson intitulée “Ricordi” (Souvenirs). “Je parle de mon enfance. L’italien, c’est ma langue la plus intime. “Scalinate”, cela ne se traduit pas en français, cela ne veut pas dire escalier. Le mot escalier me semble plus technique que “scalinate”. Il y a plein d’autres mots de ce genre dans cette chanson. Et puis, je chante différemment en italien qu’en français – déjà, les voyelles sont plus ouvertes. “Dolce Paola” (1964) est une autre chanson que j’ai écrite directement en italien, la seule qui ait figuré sur un disque en français. Je ne l’ai jamais traduite pour rester dans la spontanéité de l’émotion.”

Dans le livret, au chapitre des remerciements, Salvatore Adamo se réjouit d’avoir pu renouer avec la tradition des grandes orchestrations (rythmique réalisée à Paris, cordes et cuivres enregistrés à Londres). Pour ce faire, il a notamment fait appel à Stanislas, rencontré en 2008 lors de la conception de son album de duos, “Le Bal des gens bien” (ils reprenaient ensemble “Pauvre Verlaine”). Il apprécie chez ce jeune artiste français la faculté qu’il a de mélanger le symphonique et la pop. “Il utilise à merveille les percussions classiques. A un certain moment, dans ‘L’Homme triste’, le refrain est habillé de magnifiques cordes et puis on entend un roulement de timbales, on croit qu’on va aller plus loin encore, mais on tombe dans le silence. Cela me bouleverse. Il a la maîtrise du silence, la poésie du silence.”

Ses sources d’inspiration, Salvatore Adamo les puise aussi bien au détour de lectures que dans la vie quotidienne. Les paroles de “La Grande roue”, il les a concrétisées après avoir achevé le livre de Bernard Werber, “Nos amis les humains”. Mais l’idée lui en était venue après avoir apprécié un dessin du caricaturiste argentin Quino où l’on voit un homme agenouillé en train de faire une chiquenaude à une araignée, derrière cet homme, une énorme main qui va, elle aussi, faire une chiquenaude à l’humain. “Toutes proportions gardées, il y a un peu de la démarche d’‘Indignez-vous!’. Je veux dire: ne nous laissons pas faire, on nous formate, on nous amène à avoir besoin du même objet au même moment. Il y a une espèce d’ordre subliminal qui est donné et auquel pas mal de monde répond.”

Salvatore Adamo nous met en garde, mais s’il concède avoir lui aussi, finalement, succombé à la technologie, mais pas sans condition. “J’ai un iPhone. Cela m’évite de prendre une valise de livres. On y trouve un dictionnaire de rimes, un dictionnaire de la langue française, un dictionnaire de synonymes. Rien que pour cela, c’est fabuleux” , s’émerveille celui qui l’utilise aussi comme “bloc-notes” même s’il a toujours sur lui un carnet, attaché qu’il reste à l’écriture manuelle.

Si la publicité fait tout pour nous rendre esclave, on peut toujours résister. Par contre, que faire contre les machines qui remplacent de plus en plus les humains? Le jour où Adamo a appris qu’il existait des supermarchés où il n’y avait plus de caissières, cela l’a marqué. Il en a tiré “Les Belles personnes” dont le refrain, sur un rythme enjoué, constate: “Mais la machine machine/Broie les gens et les lamine/Fais gaffe à la machine”, pendant que le premier couplet s’étonne et questionne: “Fernand qui téléphone/En passant par Boston/Pour le 22 à Asnières/C’est vrai qu’le progrès faut s’y faire?” Et notre homme de relever: “Quand je suis à l’aéroport et que je dois retirer mon billet à la machine, je ne suis pas à l’aise, je demande à l’hôtesse de venir m’aider.” Les contacts humains, rien de tel…

Marie-Anne Georges

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