Adultes et rappeurs

Pascal De Gendt Publié le - Mis à jour le

Musique / Festivals

Depuis la fin des années 70, plusieurs générations de rappeurs se sont succédé, le public s’est renouvelé et plus personne ne parle du hip-hop comme d’une mode éphémère. Ce mouvement musical à part entière s’est même, et de longue date, divisé en plusieurs "chapelles" aux frontières poreuses. Comme le rock. Par rapport à ce dernier, il a par contre gardé son aura sulfureuse.

Pour le meilleur, sa capacité de critique sociale, mais aussi pour le pire. La glorification de l’image du gangster, et des attitudes qui vont avec, née à la fin des années 80, a fini par pratiquement occulter le reste du mouvement. Véritable mine à infos sensationnalistes, repoussoir idéal pour les politiques fanatiques de l’"ordre moral", le "gangsta rap" finirait presque par nous faire oublier que, loin des roulements de mécanique, des rappeurs restent fidèles à l’esprit des pionniers du genre ou cultivent leurs particularités.

Chacun à leur manière, ces artistes font évoluer le hip-hop. Depuis ses débuts en solo, Oxmo Puccino fait partie de ces électrons libres. En 2006, avec les Jazzbastards, il s’éloignait même du rap avec "Lipopette Bar", un album-concept sur lequel flottait un air de cabaret-jazz. Son cinquième album en date, "L’arme de paix", revient à quelque chose de plus classique, même si le hip-hop du Franco-Malien reste ce qui se fait de plus proche de la chanson française traditionnelle dans le rap français. Et sa conversation est aussi agréable pour l’oreille et le cerveau que ses textes, autant de plaisirs à déguster.

Dans quel état d'esprit êtes-vous sorti de la tournée "Lipopette Bar" ?

C’était vraiment une parenthèse dont je suis sorti prématurément parce qu’à un moment donné, je me suis dit que c’était cela qu’il fallait que j’applique sur l’album en préparation avant que je ne monte sur scène... Une parenthèse nécessaire qui est devenue le début d’une nouvelle histoire.

Dans votre note d'intention, vous dites que "L'arme de paix" est naturellement hip-hop, évidemment musicale et impérativement positive. Commençons par le "naturellement hip-hop" : l'impression est tout de même que vous vous en éloignez de plus en plus. Du moins, dans la forme.

Je m’éloigne surtout de l’image qu’on se fait du rap. Elle est figée et remonte à une quinzaine d’années. Ceux qui découvrent cette musique le font à travers des médias qui ne la connaissent pas très bien et sont trop attirés par ce qui brille. Donc, il y a forcément un décalage entre ce qui se passe vraiment et la manière dont les gens le perçoivent. Il est irréfutable que "L’arme de paix" est un album de rap. Mais, en même temps, il ressemble à tellement d’autres choses : il est indéniable que le rap, aujourd’hui, est une définition de la chanson moderne.

C'est difficile d'imposer un rap adulte ?

Oui. L’âge d’or du rap français remonte aux années 90. Les acteurs de ce mouvement étaient assez jeunes, les auditeurs également. Cela se reflétait dans l’énergie qui se dégageait de cette scène. C’était revendicatif, voire parfois violent. Il y avait, du coup, un suspens latent sur l’avenir de cette musique. Aujourd’hui, nous, les anciens, sommes toujours là et nous échappons aux étiquettes. Mais cela ne change rien à la qualité de la musique. Se poser la question de savoir si c’est du rap et, donc, s’il faut l’écouter ou non, c’est perdre une occasion de découvrir ou d’apprécier cette musique. Il faut faire fi des apparences et des clichés entretenus. Le mot rap est une porte blindée qui empêche les gens d’entrer dans un univers.

Vous avez visiblement réussi à entrouvrir cette porte.

Oui, disons qu’au début de ma carrière, je n’avais pas de grand talent au niveau de mon débit. Pour marquer la différence, je me suis concentré sur les textes. Le rap est venu par après.

Ensuite : "évidemment musical". Vous vous sentez mieux dans une formule de groupe que seul avec un DJ par exemple ?

Oui. J’ai trouvé les personnes adéquates. J’avais déjà travaillé avec des musiciens mais cela ne s’était pas toujours bien passé. Soit par manque de compréhension, soit parce que je n’étais pas prêt. Il faut tout de même une certaine aisance, du travail et des moyens pour pouvoir bosser avec plusieurs personnes qui font exister la musique derrière toi. Heureusement, je joue de la basse depuis longtemps et je me suis mis à la guitare, il y a deux ans. Tous les chanteurs devraient apprendre à jouer d’un instrument.

Finalement : "impérativement positif". C'est bien l'auteur d'un album titré "L'amour est mort" qui parle ?

Je m’oblige à voir les choses du bon côté parce que le contraire me nuirait comme à tout le monde. Les mauvais sentiments se propagent et ne s’effacent pas facilement. C’est plus facile de partager sa peine que sa joie mais c’est moins enrichissant. Le fait d’avoir écrit beaucoup de textes sombres donne une certaine légitimité à ma démarche.

Pascal De Gendt

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