Musique / Festivals

© D.R.
Le sieur Cameron est Australien. Et c'est un personnage. Le genre de gars dont on apprécie la compagnie même si l'on sait qu'elle nous mettra tôt ou tard mal à l'aise. Un artiste au sens large, qui roula sa bosse et sa longue carcasse au sein du projet électro mutant Seekae (3 albums 2008, 2011, 2014) dans un premier temps, puis auteur en solo de performance où il joue à l'anti-héros, s'invente amuseur raté, poète de l'échec quotidien, star de la loose et abonnés aux trajectoires manquées. Un endroit où, dit-il, "l'ambition, le doute et la tragédie se télescopent" mais qui fascine et qui, paradoxalement, divertit comme par magie.


Il y a trois ou quatre ans d'ici, personne n'avait eu vent des gesticulations et des chansons de ce crooner romantique maladroit et trop grand. Son premier album, "Jumping the Shark", pourtant plus que séduisant, avait été offert en 2013 gratuitement, sur une toile qui n'en fit que peu de cas à l'époque. Il aura fallu que les fées du duo psyché-pop envapé Foxygen se penchent sur le berceau d'Alex Cameron pour que la mèche et son talent soient enfin éventés. Découvert par le tandem californien et par hasard lors d'un concert parisien, il est embarqué avec eux pour une tournée qui mènera à sa signature chez Secretly Canadian – très recommandable label US indépendant – et à la réédition du premier disque susmentionné l'année passée.


Depuis, Alex foule – très large – les planches en qualité de tête d'affiche, où il fut et est encore souvent associé à son pote saxophoniste Roy Molloy, et on est loin de la loose même simulée du temps jadis. Aujourd'hui, Cameron crève l'écran et en impose dans un jardin esthétique et vocal où ils croisent sans les singer David Bowie, Edwyn Collins, John Maus (dont on se réjouit du retour prochain), Jarvis Cocker (Pulp) ou encore Ian McCulloch (Echo&theBunnymen). Et il n'aura pas fallu un an pour qu'il donne suite à ses premiers travaux, certes datant un peu.


"Forced Witness", son second album donc, a été enregistré entre Berlin, Los Angeles et Las Vegas en compagnie de Jonathan Rado (moitié la plus pensante de Foxygen). Dès les premiers accords de "Candy May", l'envoûtement commence. La voix est changeante mais toujours maîtrisée. Le ton est pop mais l'ambiance assez rock, les guitares s'offrant même quelques crissements sur un "Studmuffin96" enflammé. Les couleurs sont rétros, à l'instar de ce "Runnin Out of Luck" au kitsch savoureux, où l'on croise Brandon Flowers (The Killers) à la plume et au micro. Plus loin, c'est la toujours impressionnante Angel Olsen qui viendra sublimer "Stranger's Kiss", l'un des plus beaux de ces nouveaux morceaux, qu'il nous tarde déjà de découvrir en live.


> 1CD (Secretly Canadian/Konkurrent). En concert au Botanique le 27 novembre.