Musique / Festivals
Les Bruxellois avaient de quoi enrager. La sécheresse la plus importante de ces quarante dernières années a gratifié les festivaliers belges d’un temps rude mais ensoleillé tout au long de l’été, et voilà que ce week-end du 15 août s’annonçait gris et pluvieux. Tout cela est d’une banalité confondante nous direz-vous, mais pour un événement essentiellement programmé en extérieur, ça compte. D’autant que ce Brussels Summer festival relève autant du gigantesque apéro urbain pour locaux, que du festival pour mélomanes.

Débuts tranquilles

Ce mercredi, l’heure est donc au soulagement. L’air est doux, les nuages épars, et la pluie en gestation. Quelques badauds ont bien tenté l’expérience « Aerobrasil » sur la Place des Palais, mais les ruelles du centre sont plutôt calmes en fin d’après-midi. Les touristes habituels s’émerveillent devant le carillon du Mont des Arts, les musiciens ambulants de la place d’Espagne font leurs petites affaires, et le BSF s’apprête seulement à accueillir son public.

Passé de dix à cinq jours, le festival a voulu se standardiser cette année, mais la disposition des scènes reste inchangée. La Place des Palais accueille les têtes d’affiche, le Mont des Arts les plans B, et La Madeleine les découvertes. C’est à ce niveau que l’affiche plutôt plan-plan de cette année parvient justement à se distinguer.

La soul d’Adam

Quand Adam Naas monte sur scène à 18h30, la surprise est de taille. Le Parisien de 26 ans débute dans le métier, mais il a laissé dans les loges son statut de bizut pour livrer une soul intelligente, sensuelle et merveilleusement rafraîchissante.

Le jeune homme manque encore de charisme, de corps et de prestance, mais sa voix est intrigante, ses morceaux prenants, et l’ensemble vous accroche les tripes alors que vous entamez seulement votre première bière. De quoi lancer dignement la programmation de La Madeleine, qui accueillera King Child, Ebbene, Pale Grey ou encore General Elektriks lors de trois prochains jours.

« Vous êtes bien calmes »

Trois quarts d’heure plus tard, une valeur sûre lance les festivités sur le Mont des Arts. Clara Luciani n’a qu’un album à son actif, mais l’expérience d’un groupe (« La Femme »), la frange parfaite et le regard intense. Loin des poncifs du genre, la Marseillaise ne minaude pas, bouge encore moins, et vous jette des regards à vous évanouir dans les bras de votre voisin. Sa pop racée, mais parfaitement instrumentée par un groupe solide est au service d’une voix profonde et grave qui marque les esprits. L’une des plus belles découvertes de cette année, et la deuxième belle prestation de cette journée.

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Nous avons souvent regretté le côté « café public » du festival. Les gens viennent boire un verre, se croiser, discuter ou simplement « profiter » d’une ambiance musicale qui dessert parfois les concerts. Clara est la première à s’en indigner en lançant gentiment « vous êtes bien calmes ce soir ». La chanteuse a raison, le public n’est pas franchement investi, mais il flotte dans l’air comme un parfum d’insouciance, l’atmosphère tendre et légère d’une ville qui s’aime, se montre et se chante. Et l’on doit bien constater que tout cela est charmant. À condition, de ne pas vouloir profiter à fond de son groupe préféré. Ce jeudi, le Mont des Arts devrait se faire démonter par Carpenter Brut et Millionaire, avant de s’assagir avec Jasper Steverlinck, Fink, Todiefor et Feder en fin de semaine.

Il y a encore du chichon à Lambé ?

Nous voilà enfin, sur la fameuse Place des Palais où Matmatah fait son entrée. Sur papier, nous étions plutôt dubitatifs, Lambé An Dro a 20 ans et les Bretons sont longtemps restés hors des radars. Mais nos amis ont assez de coffre pour tenir leur rang, et balancent crânement leurs riffs festifs devant la résidence secondaire de notre bon Roi.

Pas de quoi se bousculer jusque dans le parc royal, mais la place est honorablement garnie, et l’ensemble fleur bon le rock’n’roll à l’hydromel. De bon augure avant Shaka Ponk ce mercredi, puis les venues de Romeo Elvis, Orelsan, Calexico, dEUS, Arsenal et les Thirty Seconds To Mars de notre ami Jared Leto, que nous préférons sur grand écran.

Le BSF est ouvert… Avis, à quiconque a envie de boire un verre.

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