Amenra, le groupe de métal flamand qui libère les Grecs (Entretien)

Valentin Dauchot Publié le - Mis à jour le

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Musique / Festivals


Impressionnant, extrême et même effrayant de temps à autre, le métal et ses innombrables sous-genres sont régulièrement et injustement assimilés à la dureté, la violence quand ce n’est pas la haine ou le satanisme. On s’en approche parfois, en apparence du moins, mais la plupart du temps ces impressions sont erronées, et on découvre que les guitares lourdes, l’esthétique sombre et les physiques imposants cachent une sensibilité à fleur de peau, une analyse juste et forte de la société, et un immense respect pour la musique et le public.

Une réalité qu’illustre parfaitement le groupe flamand Amenra. Née à Courtrai fin des années 90, cette formation de “post-métal” s’est forgée une solide réputation mondiale en composant de longues plages envoûtantes où des explosions brutales viennent ponctuer d’impressionnantes montées en puissance instrumentales. Rencontre introspective avec Colin Van Eeckhout, chanteur d'Amenra qui fera salle comble à l’Ancienne Belgique ce mardi, vient de sortir un sixième album baptisé “Mass VI” et conçoit ses shows comme une véritable thérapie de groupe.

© Stephan Vanfleteren

Pas évident de définir votre musique…

À l’origine, c’est du métal mais nous évoluons dans un univers très lent, minimaliste et cinématographique. Nous créons une atmosphère et une fois que le public est installé, tout cela explose.

Vous composez donc directement pour le live ?

Disons que le live a une place centrale car nous avons toujours voulu multiplier les portes d’entrée qui permettent d'accéder à notre univers et toucher le plus grand nombre. Lorsque vous assistez à l’un de nos concerts, vous pouvez fermer les yeux pour vous concentrer sur la musique et imprimer vos propres images dans votre tête. Vous pouvez vous laisser emporter par nos visuels, volontairement abstraits afin de laisser chacun y donner sa signification, et vous pouvez nous regarder. Nos shows constituent une attaque visuelle, acoustique et olfactive sur les sens. Nous diffusons d'ailleurs systématiquement de l’encens dans la salle pour plonger le public dans un état de calme et de respect, l’inviter à l’introspection.


On a le sentiment que vous alternez en permanence apaisement et colère…

Ce n’est pas de la colère. Nos morceaux retracent le combat que l’on mène au quotidien contre toutes les choses qui pèsent sur nos épaules et nous affectent. Nous travaillons énormément avec la douleur, la maladie, la perte d’un être proche,… Des situations figées qu’on ne peut plus changer et qui constituent un ennemi invisible. Jouer nous permet d’affronter ces éléments et d’inviter le public à en faire de même avec son vécu personnel. Pour nous, c'est la seule façon de faire de la musique avec puissance et honnêteté, et c'est ce qui rend cette musique universelle.

Cela signifie que vous vous conditionnez pour repenser à vos difficultés lors de chaque show ?

Nous sommes une bande d'amis, donc on passe plutôt de bons moments ensemble, mais dès que le concert commence, chacun se plonge dans sa bulle. Un peu comme si nous nous plongions dans un rôle, sauf qu'il s'agit ici de notre propre rôle. Une fois que c'est fait, il n'est pas difficile de retrouver des événements ou des états qui nous impactent émotionnellement.


La musique a toujours été une sorte de catharsis pour vous ?

J'ai perdu mon père quand j'avais vingt ans, c'est à ce moment-là que j'ai commencé à avoir vraiment besoin de musique. Avant, j'étais juste un gamin fan de hardcore et de skate. Quand ça s'est produit, la musique est devenue un véhicule qui m'a aidé à digérer mes difficultés.

Où se situe l'espoir dans votre univers ?

L'espoir réside dans le fait que les gens ne se sentent plus seuls. Sur scène, nous baissons complètement notre garde, nous parlons à tout le monde de moments très personnels, très difficiles, et nous partageons ce processus avec le public. Le show fonctionne si les gens ressentent cela et affrontent leurs propres démons. Vous pouvez voir dix concerts d'Amenra et en aimer deux car cela correspond à des moments de votre vie où vous aviez besoin de ce show. Est-ce que ça fonctionne toujours ? Non, moi je peux compter sur les doigts d'une main les concerts lors desquels j'ai senti que je l'emportais sur mes pensées négatives.


Comment expliquer que vous ayez presque plus de succès à l'étranger qu'en Belgique ?

Je dirais que nous sommes particulièrement connus dans les pays où les gens ont vraiment besoin de notre musique. En Grèce, on sent que le public est reconnaissant. Il vient en masse, beaucoup plus de gens portent des tatouages Amenra. Quand vous avez vingt ans, ce n’est pas vraiment un lieu qui offre beaucoup de perspectives. Les Grecs ont beaucoup de choses à affronter et nos concerts leur montrent peut-être qu’ils ne sont pas seuls. C’est peut-être également lié au fait que moins de groupes viennent jouer dans ces pays. Si vous y voyez votre groupe préféré une fois tous les cinq ou dix ans, vous avez de la chance. Alors quand un groupe se déplace, c'est un événement.

Cinq ans entre deux albums, c'est long…

Oui, c'est vrai. Il faut suffisamment de temps pour que des choses dures nous arrivent et que nous ayons besoin d'écrire un album. Nous avons besoin de cette adversité pour composer avec honnêteté. Chacun traverse des choses difficiles et à un moment, nous sommes aspirés dans le processus de création d'un album. Donc quelque part, je serais ravi de ne pas avoir à sortir d'album avec Amenra avant 20 ans.

© Stephan Vanfleteren


Valentin Dauchot

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