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S'il y a un album qui était attendu depuis quelques semaines par les amateurs de hip-hop, c'est bien celui d'Anderson .Paak. Il faut dire qu'il y a du beau monde sur Oxnard, son nouvel opus produit par Dr.Dre: Snoop Dogg, J Cole ou encore Kendrick Lamar. 

La carrière du rappeur crooner californien flirte aujourd'hui avec les sommets et pourtant Brandon Paak Anderson a mis un peu de temps à percer. Il a même été plus proche de toucher le fond lorsqu'il s'est retrouvé à la rue avec son épouse.

Ce qui vous arrive est ce qu'on appelle une belle success-story. Vous viviez dans la rue, désormais vous être le protégé de Dr. Dre et vous collaborez avec des artistes comme Snoop Dogg ou Kendrick Lamar. Vous réalisez ce qu'il vous arrive ?

Oh oui mec... Je mangeais des burritos, des noodles et des mauvaises assiettes de tacos et maintenant je suis pote avec Dr.Dre, je suis sur scène à Coachella ou à Werchter. C'est vraiment un rêve qui est devenu réalité.

Vous vous souvenez, j'imagine, du premier contact avec Dr. Dre qui vous a repéré pour travailler sur son album Compton ?

C'est son entourage qui m'a contacté. "Yo, viens dans nos studios pour collaborer avec Dr Dre". Je me suis dit : "Bien sûr, il ne sera jamais là"... Et quand je suis rentré, il était présent. Il avait écouté ma chanson à trois reprises et depuis on a travaillé ensemble. C'était surréaliste, complètement fou mais il a été vraiment cool, je me suis directement senti à l'aise à ses côtés.

Un autre homme vous a aidé lorsque vous avez perdu votre poste : Shafiq Husayn. Vous étiez à la rue et il vous a tendu la main ?

Je ne l'ai jamais oublié, c'est mon grand mentor. Il m'a beaucoup aidé quand je n'avais plus rien. J'avais ma femme, un bébé et nulle part où aller. Il m'a dit : "Viens avec moi". J'étais son chauffeur au départ, son rouleur de joints, son cuisinier, j'ai tout fait et ai surtout énormément appris à ses côtés, notamment en ce qui concerne les styles de production.

Vous avez travaillé dans une ferme de cannabis aussi. En quoi consistait votre job ?

J'avais juste besoin d'argent pour mon enfant et je ne savais pas comment en gagner. Mon pote tenait cette ferme qui était aussi grande qu'un terrain de football. On taillait les plans, on les séchait et on faisait tout le processus pour faire du hash. J'ai fait ça pendant un moment juste parce que je devais nourrir ma famille.

Votre père était accroc à la drogue, il en est mort. Il était violent avec votre mère. Qu'avez-vous tiré de toutes ces épreuves ? Comment vous en êtes-vous sorti ?

Mon histoire familiale est compliquée. Mon père, mes cousins n'avaient pas de défouloir, moi j'ai fui cette négativité grâce à la musique. J'ai appris la batterie, j'ai commencé à écrire, à produire et faire ce que j'aime. Ça m'a permis de me concentrer sur ça et de m'écarter des problèmes. Ma mère m'a rappelé à l'ordre tous les jours. "N'oublie pas ce qui est arrivé à ton père et comment il est décédé." Maintenant, j'ai mon fils et il adore la musique.

Vous avez appris la musique à l'église. En quoi cette expérience a-t-elle influencé votre manière de faire du son ?

J'ai appris à suivre un leader, à jouer différents types de musique, à développer mon intuition musicale, mon énergie, mon sens de l'écoute, la discipline aussi. Les professeurs étaient très stricts. On jouait tous les jours et parfois des heures pendant le service.


Bubbling est un morceau très hip-hop, plus brut que vous faites avec The Free Nationals plus funk, soul, jazz... Est-ce facile pour vous de changer de style ?

Je fais ça de manière naturelle. Le fait de collaborer avec les Free Nationals ou avec d'autres producteurs m'amène à côtoyer des univers différents. On est exposé à différents types de différentes types de vibes dans les festivals où l'on va et je pense toujours beaucoup à ça. Avec mon groupe, on fait toujours naturellement en fonction du flow, ce n'est pas très difficile pour nous. J'en suis à ce moment dans ma carrière où j'aime jouer en groupe. Etre seul, c'est ennuyant. J'aime travailler avec d'autres producteurs, des gars qui écrivent afin qu'on puisse échanger.


Cette éclectisme se retrouve, aussi, dans ce que vous écoutez ou ce que vous écoutiez plus jeune ?

J'ai écouté et j'écoute toujours beaucoup de soul. C'est ce que ma mère écoutait tout le temps quand j'étais petit et notamment Stevie Wonder... Ma grande-sœur adorait le R’n’B et le hip-hop donc j'écoutais Michael Jackson, Janet Jackson, Snoop, Dr. Dre, Tupac, Ice Cube, A Tribe Called Quest, tout ce qu'elle écoutait. Quand j'ai commencé à chercher de la musique seul, j'écoutais beaucoup de rap aussi... Jay Z, Ludacris, Cube, Kanye West... Au lycée, j'ai commencé à m'ouvrir à d'autres styles comme Radiohead, Beck, les Beatles.

Lorsque votre nom d'artiste était encore "Breezy Lovejoy", vous avez repris des titres de différents groupes (Beatles, The White Stripes...). Il y a même du Coldplay, pourquoi ?

Quand Coldplay est devenu connu, j'écoutais beaucoup de hip-hop et quand je les ai écoutés, je me suis dis : "Oh, shit cette musique me rend vraiment triste et me fait ressentir des choses". J'ai décidé de faire un projet uniquement avec des covers. On a choisi des chansons de différents types et on les a reprises en mode "soul" car elles avaient des ondes soul et on voulait les faire ressortir.

Vous aimeriez collaborer avec quels artistes aujourd'hui ?

J'aimerais faire des trucs avec Stevie Wonder, Beyonce, Rihanna, Adèle... Beaucoup en fait. Parmi les nouveaux, j'aime Tierra Whack, j'adore Jorja Smith, SiR ou encore Kadhja Bonet.


Vous évoquiez plus tôt A Tribe Called Quest, Ice Cube parmi vos inspirations... Des artistes de la scène hip-hop US qui comme d'autres ont beaucoup critiqué la situation politique et socio-économique aux USA. Ça vous inspire la présidence de Donald Trump ?

C'est trash, horrible. L'histoire de ce pays est basée sur l'immigration. Tu peux venir d'un autre pays, n’être personne et devenir quelqu'un. Maintenant, je vois beaucoup de gens qui se divisent à cause de la peur et de l’ignorance. Oui, j'écris dessus, c'est un sujet qui m'inspire.