Musique / Festivals Depuis quinze ans, le Festival d’Art de Huy s’efforce de faire découvrir des talents, des musiques, des sonorités venus d’ici et d’ailleurs. Mission 2013 accomplie : il a replié ses bannes hier après avoir applaudi la prestation de Mathias Duplessy et ses violons du monde. En 15 années, ce rendez-vous incontournable des amateurs de musique vraie a maintenu le cap sans céder à la tentation des hits et du people. A ce titre, il est devenu pratiquement le seul festival où le public peut découvrir, dans une ambiance intimiste, de véritables bijoux qui se terniraient sous de trop vastes chapiteaux. A chaque soir, les quelque 300 places à peine que compte le cloître du Couvent des Frères Mineurs, étaient bien occupées.

On se bousculait même un peu mardi, poussé par la curiosité, pour découvrir le cadeau musical qu’avait préparé Anne Niepold pour un public qui l’aura (re)découverte. La "carte blanche" que lui a confiée Philippe Content, le programmateur qui - en dépit de sa promesse - a bien du mal à passer les commandes à Emmanuelle Greindl, était un enchantement. Anne Niepold a fait bien plus que jouer le jeu. Elle a saisi cette invitation comme une occasion unique de faire montre de tout son talent certes, mais aussi de toute son humilité par rapport à une musique et surtout à des musiciens qu’elle a tenu à nous présenter.

Sous les arcades de ce cloître daté en 1687, ce petit bout de femme de 31 ans à peine s’avance seule, dévidant de son clavier, a cappella, des notes en forme d’étoiles, comme pour présenter son instrument dont elle accompagne de la voix les déroulés de son soufflet. Les boutons de nacre épousent le bout de ses doigts et délivrent un air de Vivaldi profitant de l’écho mystique que lui offre ce couvent.

La machine est lancée et le charme opère sur un public conquis par son talent bien sûr, mais aussi pour son humour et son jeu d’artiste. Sa façon d’accompagner de grimaces et de mimiques le tempo de ses mélodies traduit sa profonde communion avec son instrument et sa musique. Une musique dont elle sait aussi se rire. Elle s’accompagne ainsi d’un métronome qui, comme une pendule, rythme le temps de ses inspirations. Tout comme le temps maîtrise la vie. Comme si le métronome voulait la "mettre aux normes". Et Anne Niepold de se jouer du tempo en un superbe exercice rythmique.

Elle tourne la page et nous présente alors Hernan Ruiz, un superbe guitariste qui nous convainc que le mariage de l’accordéon et de la guitare a le goût exquis d’un asado argentin, chaud et sensuel à la fois. Une voie royale vers le tango qui ne se joue donc pas qu’au bandonéon.

Même si l’accordéoniste (chromatique) Gwen Cresens, qui sera l’invité suivant, prendra aussi sur les genoux ce coffret magique qu’Astor Piazzola a si bien fait chanter. Piazzola sera encore là mais on découvre soudain "Calling You", la BO de Bagdad Café, ou encore Vivaldi et l’art de la fugue de Bach sans oublier "Smells Like Teen Spirit". Oui, c’est bien du Nirvana !

L’essentiel du premier album solo - "Terrain vague" - que vient de publier Anne Niepold sera passé au crible. Mais, après un dialogue surprenant entre le diatonique et le hautbois de Nicolas Garnier, elle terminera son set en faisant monter sur la scène une dizaine de musiciens qui transformeront la scène en piste de bal musette. Car le musette n’est pas mort, et c’est sans doute le plus bel hommage que pouvait rendre cette virtuose exceptionnelle au piano du pauvre et à sa paire de bretelles.