Musique / Festivals

A l'inverse des festivaliers, le soleil s'est levé de bonne heure ce vendredi sur Liège, et c'est sous les meileurs auspices que commence cette seconde journée de joyeusetés musicales Ardentes. Hier soir, une fois couché, c'est au prince des ténèbres Damso que l'astre passait le relais, le temps d'un concert qui malgré les critiques incessantes dont le Bruxellois fait l'objet, avait attiré à son chevet la grande majorité des 25 000 curieux ou âmes mélomanes encore présentes sur le site à son arrivée.

Tout est pardonné...

© Elodie Ledure
Mais notre hôte a le sourire pour une prince des ténèbres... Arborant fièrement le maillot écarlate de nos quart de finalistes de Diables Rouges (dont le match face au Brésil devrait sans doute truster allègrement ce deuxième jour), frappé du numéro 18 et floqué des cinq lettres de son avatar, Damso salue son public dans la foulée du titre "Ipséité", dégaîné d'entrée. "Z'avez-vu, j'ai quand même mis le maillot…", lance-t-il, faisant allusion à l'affaire de l'hymne officiel que l'Union Belge lui aura confié puis retiré en raison de textes jugés (a posteriori) trop crus... Avant de conclure sous les hourras solidaires : "On va la gagner cette coupe du monde moi je vous le dis, sisi !" Point de rancune, place aux rimes cinglantes et à l'autotune.

Les morceaux s'enchaînent et ne se ressemblent pas : "Periscope" puisé dans l'ancien testatement (la mixtape originelle "Batterie faible"), les perles de l'album "Ipséité" ("J'Respect R" et le toujours gigantesque "Mosaïque solitaire" en tête, mais aussi "Kiétu", "Noob Saibot", "Signaler", "Lové" ou encore l'incontournable "Macarena" interprété avant le tomber de rideau) et biensûr les nouveaux morceaux de son récent et excellent deuxième LP, "Lithopédion". Et c'est toujours "Smog" et surtout "Feu de Bois" qui l'emportent à ce petit jeu-là…

Le chemin parcouru en un an est impressionnant. Damso, dont l'intérêt des prestations lives était jadis inversément proportionnel à la qualité de ses disques et encore très fragile, semble avoir bien bossé et poursuit sa montée en puissance. Classe, rythmée, percutante, variée, équilibrée et même souriante, la visite de Damso en terres Ardentes ce jeudi avait tout d'un strike. Et n'allait laisser que bien peu de place au mythe rap français qui s'occupait de conclure les débats juste après...

© Elodie Ledure

Suprême de quoi ?

Dernier en piste sur les planches des Ardentes 13e du nom hier soir, le duo légendaire de la maison-mère NTM – formé par Kool Shen et Joeystarr – offrait au festival liégeois sa première date belge depuis sa reformation/réconciliation l'an dernier. Et force est de constater que les deux rappeurs français ont pris un coup de vieux. Si l'énergie semble quasiment intacte dans les premiers instants, l'intensité d'un concert du Suprême, au bout d'une demi-heure de jeu, n'est plus du tout ce qu'elle était. 

Certes, les tubes d'antan s'enchaînent et ce bon vieux Didier est toujours partant pour balancer un petit hurlement guttural, mais les gimmicks de la paire sonnent un peu obsolètes. C'est d'ailleurs, la première fois que nous faisons cet amer constat. Car si nous aurions des craintes à formuler si un nouvel album de NTM devait être annoncé, loin de nous l'idée que le tandem puisse apparaître trop court ou décevoir en live... Ce fut pourtant un peu le cas. Pas de catastrophe mais juste pour la première fois l'impression que pour ces deux compagnons, comme pour IAM bien avant eux, l'heure de raccrocher les crampons pointe à l'horizon. Sur le chemin du retour, nous croisons avec étonnement des milliers de jeunes festivaliers rescapés, massés devant les derniers soundsystems en activité, visiblement peu intéressés par la musique des papys MC's en présence de l'autre côté... Nous leur demandons: "Vous n'allez pas voir Suprême NTM sur la grande scène?" "Suprême de quoi?" nous ont-ils répondu... CQFD.