Musique / Festivals

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Curieux personnage que ce Ariel Marcus Rosenberg, qui concocte pour ses suiveurs bien inspirés des mixtures pop expérimentales dans les sentiers battus depuis plus de vingt ans. Pour autant un artiste passionnant. A 39 ans, le Californien à l'âme androgyne mène une carrière de musicien professionnel dont il est le premier stupéfait, mais qui prouve qu'on peut s'accomplir en notes loin des codes établis et de la consensualité.

En deux décennies et dix disques, l'homme s'est imposé pygmalion de ses rares pairs, locomotive de l'avant-garde musicale et faiseur de mélodies psyché à la quintessence pop, toujours kitsch et souvent borderline. Nous étions restés sur l'excellent "pom pom" rose bonbon en 2014. Voici donc le onzième album de la sirène lo-fi aux cheveux fuschia, au sourire narquois, aux yeux fous et à la barbe mal taillée. Cette fois réalisé sans son groupe The Haunted Graffiti, il est annoncé pour le 15 septembre, et à nouveau délicatement miné de refrains délavés et de rythmes détraqués.

Son titre fait référence à Bobby Jameson, sombre et mythique chanteur-compositeur du temps jadis au destin malchanceux. Un copain des Stones et de Frank Zappa, presque membre des Monkees, dont le plus grand fait d'armes demeure la publication de "Songs of Protest and Anti-protest" en l'an de grâce 1965 (et une désagréable histoire de plagiat d'un album de Love). Artiste engagé, hors-la-loi, drogué, alcoolique, suicidaire et longtemps sans-abri, Jameson disparaît des radars dans les années '80, avant de réapparaître sur la toile via un blog en 2007, qu'il tiendra à jour jusqu'à sa mort début 2015.


Fasciné par l'ami Bobby et sa trajectoire funeste, Ariel Pink n'y fait aucune référence dans les textes. S'il tenait beaucoup à ce clin d’œil, son admiration se bornera au titre (et à un morceau du même nom). Un hommage discret en treize pistes, idéales pour tromper l'espace-temps et se perdre à l'envi... Comme au fil du single "Another Weekend", ballade hallucinogène juchée en équilibre entre ambiance country et textures sixties de hippies (l'amour des Beatles, les stigmates de "Pet Sounds"), où Ariel sort sa peine, le manque de l'être aimé et ses errances de fin de semaine d'un grand chapeau de lonesome cowboy. Le genre de saloon où nos oreilles risquent de longtemps s'attarder.

> Ariel Pink, "Dedicated to Bobby Jameson", 1CD (Mexican Summer).