Musique / Festivals Paolo Arrivabeni quitte l’ORW avec "Otello", après neuf ans comme directeur musical. Un grand monsieur qu’on va regretter.  Rencontre.   

Liège, mardi. Les cheveux sont blancs, mais ils l’étaient déjà quand il est arrivé. La poignée de main est franche et souriante comme elle l’a toujours été. La loge qui lui est réservée a gagné une douche dans les travaux de rénovation du Théâtre royal, mais elle reste sobre, presque spartiate. Après dix ans comme directeur musical de l’Opéra de Liège, Paolo Arrivabeni va faire ses adieux avec la reprise d’"Otello" qui conclura, dès ce soir, la saison 2016-2017. Certes, il sera déjà de retour en septembre pour diriger "Manon Lescaut" de Puccini : mais ce sera alors comme invité… L’orchestre sera aux mains de Speranza Scapucci, sa nouvelle directrice musicale.

Une émotion particulière, à la veille de ces adieux ? "Finir avec ‘Otello’, c’est un cadeau ! Evidemment, partir après neuf saisons ne laisse pas indifférent. Ce théâtre m’a procuré beaucoup de joies. Un certain nombre de problèmes aussi, car un théâtre est comme une famille, avec ses jours avec et ses jours sans. Mais je pense avoir apporté beaucoup à cette maison, tout comme elle m’a donné énormément sur le plan musical et sur le plan humain."

Premier spectacle ("Macbeth") en 2007, neuf saisons ensuite à raison de trois spectacles par an : un bail ! "Consacrer trois mois par an à une maison est un grand investissement, mais cela m’a permis aussi de faire beaucoup d’expériences utiles. J’ai dirigé 26 productions d’opéras en tout, 191 représentations sans même compter les concerts et les tournées. 191 fois, j’ai mis mon frac dans cette loge ! Et même quand je n’étais pas à Liège et qu’il y avait un problème ici, j’étais tenu au courant de tout. J’ai eu la chance d’avoir une complicité exceptionnelle avec Stefano Mazzonis : nous étions comme des amis, des frères."

Défis et exigence

Il y a bien sûr eu des moments plus difficiles dans cette décennie : "J’avais à peine été nommé en 2008 que nous avons dû déménager en 2009 dans le chapiteau du Palais Opéra. Au début, ce ne fut pas une sinécure : je ne connaissais pas tout le monde dans l’orchestre et dans le chœur, nous n’avions pas de fosse. Il a fallu s’y faire même si, finalement, nous nous y sommes sentis très bien. Même avec l’orchestre, cela n’a pas été rose tous les jours. Je me suis parfois bien fâché ! Les musiciens m’ont dit un jour : Maestro, vous arrivez le matin et vous êtes déjà de mauvaise humeur. Je leur ai dit : Non ! je me suis levé, j’ai pris ma douche, je me suis rasé, j’ai pris mon petit déjeuner, j’ai pris la voiture jusqu’ici et j’étais de bonne humeur. Mais il a suffi de dix minutes ici pour que la colère me monte au nez ! Depuis, nous avons appris à nous connaître mieux, et la relation est devenue plus harmonieuse. Mais, même cette saison, je n’ai jamais transigé sur la qualité. Hier soir, encore, je me suis fâché ! Et jusqu’au 29 juin, à la dernière de ‘Otello’, je serai tout aussi exigeant."

Et les plus beaux moments ? "Il y en a eu tant ! le ‘Macbeth’ de ma première saison en 2008. La ‘Salome’ de Strauss dont je rêvais et que Stefano Mazzonis m’a permis de faire au Palais Opéra. L’ ‘Aida’ ici dans le théâtre rénové. Le ‘Stradella’ de Franck avec Jaco van Dormael. Ou encore les tournées, comme celle que nous venons de faire à Oman, parce qu’elles nous rapprochent : nous voyageons dans le même avion, nous mangeons dans le même restaurant."

Dès la saison prochaine, Arrivabeni reprendra sa vie de chef free-lance, se partageant entre Genève, Berlin, Dresde, Munich et quelques autres théâtres dont il est devenu un habitué. Marseille aussi, où il dirigera "La Favorita" et "Lohengrin" la saison prochaine, car cet Italien spécialiste patenté du répertoire italien est passionné par Strauss et Wagner.

Mais pas d’autre poste de directeur musical permanent en perspective : "Il ne sera pas facile de réunir toutes les conditions favorables que j’ai pu avoir ici. C’est comme en amour : quand vous rompez avec quelqu’un, vous ne trouvez pas une nouvelle histoire du jour au lendemain !"