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COMMENTAIRE
Le Soir se lève et se plante !
PAR Michel Konen, Rédacteur en chef
Mis en ligne le 15/04/2008
Il en est qui prennent volontiers des postures avantageuses et s'érigent en défenseurs de la liberté de la presse quand il ne s'agit, en somme, que de masquer, derrière des discours abscons, des manquements à la déontologie la plus élémentaire.
De quoi s'agit-il ? De peu de chose, en vérité ! Il est une pratique, dans le journalisme, nommée "embargo". Elle consiste en ceci : celui qui donne une information (ou une interview) s'accorde avec les médias pour que celle-ci ne soit pas diffusée avant une date donnée. Les raisons de ces embargos sont diverses et touchent tous les secteurs : politique, économique, finances, culture, sport, sans exception. Elles se justifient notamment par le souci de mettre tous les médias sur pied d'égalité ou encore pour des raisons légales (en matière de publication des résultats d'entreprise, par exemple).
La règle déontologique est très simple : dès lors que les journaux marquent leur accord sur un embargo ils sont tenus de le respecter. Rien, mais absolument rien, n'impose d'accepter cette pratique. Le risque est, évidemment, que des confrères foulent cet accord au pied pour mettre à leur chapeau une prétendue "primeur" qui n'en est pas une. C'est exactement ce que nos vespéraux confrères viennent de faire.
L'entretien accordé par le leader du groupe dEUS était assorti d'un embargo. Et, grande première, il était accompagné d'une astreinte de 25 000€ pour les médias qui ne respecteraient pas l'accord. Disons-le tout net, cette mesure est maladroite, inutile, inefficace et inacceptable. Une seule règle s'impose en la circonstance : ceux qui ne respectent pas les accords doivent être placés sur une liste noire et ne plus être invités aux rencontres organisées par les producteurs. C'est ainsi seulement que les uns et les autres respecteront les règles du métier. Mais il est bien difficile pour les maisons de disques de se priver ainsi des organes de presse et de leur potentiel de lecteurs et donc de clients potentiels. Il n'est nul besoin d'invoquer les mânes du journalisme pour pratiquer sans concession son métier. A "La Libre", nous parlons de ce que nous voulons, quand nous le voulons, comme nous le voulons. Nous n'avons pas besoin d'astreinte pour respecter un accord. Et, en dehors de la date de diffusion de l'interview, nous ne sommes liés par rien : réaliser un entretien n'implique pas, par exemple, qu'il soit diffusé.
L'astreinte prévue par Universal est, pensons-nous, une voie sans issue. C'est pour cette raison que nous ne publierons pas l'entretien avec Barman. Mais, afin de ne pas priver nos lecteurs d'une nouveauté phonographique importante, nous publierons notre critique du nouvel opus de dEUS quand celui-ci sera disponible chez les disquaires.
Pas plus, pas moins. En toute liberté !
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