La Libre.be > Culture > Musique > Article
analyse
Et dEUS dans tout ça ?
dominique simonet
Mis en ligne le 18/04/2008
Anvers, quartier de Borgerhout. Un peu à l'écart de la bruyante et cosmopolite Turnhoutsebaan, une impasse. Ça a l'air calme comme ça. Au fond, un incroyable bric-à-brac étale des vélos plus ou moins en état (de quoi ?), une antédiluvienne moto Puch VZ 50 cc rouge métallisé, un scooter, un piano droit vieillot pas si désaccordé que ça, des bonbonnes de gaz, une caisse de vin de pays des Cévennes. Vide. Des boules à facettes, un peu partout, semblent signifier une vocation festive au lieu. En montant trois ou quatre volées d'escaliers bringuebalants, on accède à Vantage Point.
Poste d'observation. Avant d'être le nom du nouveau studio de dEUS, c'était celui du cinquième album original du groupe, qui paraît aujourd'hui. Un terme militaire, pour un disque tambour battant. Ce disque est le premier où dEUS présente la même formation que le précédent, l'erratique "Pocket Revolution" (2005). Tom Barman, le leader, n'est pas mécontent de cet état de fait. "Pocket Revolution" avait été accouché dans la douleur, les doutes, les chamailleries. Pour "Vantage Point", l'énergie précédemment absorbée par les problèmes a été totalement investie dans le disque.
Mêmement nommés, disque et lieu sont intimement liés. Le bâtiment, une ancienne usine d'asphalte, a été acheté il y a six ans par Klaas Janzoons, violoniste et, avec Tom, seul membre du groupe originel. Klaas organise des fêtes en bas, mais il a quelques soucis avec la maréchaussée. Depuis longtemps, le groupe répétait dans ce trou, jusqu'à ce qu'un artiste, qui occupait le loft tout en haut, se fasse la malle. Vue imprenable. Ce poste d'observation, la meute à Barman, qui a frôlé l'implosion en 2004, va en faire son local, épicentre d'un mouvement centripète. Des Anglais - ces maîtres du son -, dont certains ont travaillé à Abbey Road, ont été mandés pour concevoir la cabine d'enregistrement. C'était un loft, c'est devenu un studio. Dans ce lieu stratégique, dEUS a choisi de mettre la gomme. "Vantage Point" n'est certes pas le meilleur album du groupe. Cette fois, le petit Captain Beefheart niché au creux de Barman n'est pas sorti pour faire coucou. Moins expérimental donc, moins aventureux qu'à l'accoutumée, ce cinquième album, 47 minutes pour dix titres, est quasi entièrement tourné vers la scène où "When She Goes Down", "Is a Robot", "Smokers Reflect" devraient faire un malheur.
"Vantage Point" a son chef-d'oeuvre, "Slow", six minutes qui trônent en suspension et en montée graduelle. C'est le simple qui a paru en Angleterre et en Scandinavie. En Espagne, en France et en Belgique, c'est "The Architect" qui tient ce rôle d'appât. Plus controversé, très dansant, ce titre fait penser au Bowie de l'époque Brian Eno, aux Talking Heads, tandis que Tom Barman revendique ni plus ni moins l'influence de Prince.
Si la guitare est l'arme redoutable de "Vantage Point", la voix l'est tout autant. Profonde, éprouvée, celle de Tom Barman est devancée par celle de Mauro Pawlowski pour "The Architect". A certains moments - c'est à nouveau une première dans son histoire -, le groupe chante à cinq voix : Tom, Mauro, Alan Gevaert un peu affecté, Klaas Janzoons avec beaucoup de volume, le tout sur des harmonies de Stef Misseghers. Ce dernier s'est d'ailleurs pris au jeu, et, pendant l'enregistrement, il a fallu le calmer. Grand amateur de choeurs d'enfants, Tom Barman a aussi tenu à en avoir un sur "Popular Culture", auquel, non sans ironie, il fait chanter "je veux rejeter la culture populaire".
Tous les albums de dEUS sont ainsi : la séquence des chansons de "Vantage Point" est conçue comme si cétait un bon vieux 33 tours en vinyle, face A, face B. Barman met un point d'honneur à ce que l'album paraisse sous cette forme en pleine renaissance. On comprend dès lors son intérêt pour la qualité artistique des pochettes. "Worst Case Scenario" et "In a Bar, Under the Sea" étaient l'oeuvre de Rudy Trouvé, musicien et peintre. Le photographe Maarten Vanden Abeele a illustré "The Ideal Crash" et la pochette de "Pocket Revolution" est due au dessinateur Don Lawrence et à sa BD "Storm". Un maître de l'art contemporain, Michaël Borremans, illustre "Vantage Point".
Actuellement en tournée européenne, dEUS fera ensuite quelques dates - complètes - dans des clubs en Belgique, avant les festivals. Entre les deux, il se retrouvera dans son poste d'observation pour jammer en pensant, déjà, au prochain album. On verra alors s'il fait toujours aussi calme dans la petite impasse non loin de la Turnhoutsebaan.
Album "Vantage Point", dEUS, Universal.
En concert le 28 juin aux Folies de Maubeuge, le 4 juillet aux Eurockéennes de Belfort et le 6 juillet à Werchter.
The Architect
Le rire "communicatif" du...
François Fillon à Bruxelles
Le trophée de l'Euro 2012 se...
Il saute d'un hélicoptère...