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Rencontre
Baloji, l'Afropéen
Pascal De Gendt
Mis en ligne le 25/06/2008
Ce n'est pas une surprise tant ce thème s'impose : le village des ONG de Couleur Café sera consacré aux problèmes de l'immigration. Et quel meilleur prolongement musical que le concert de Baloji, le dimanche à 18h15 ? L'histoire de l'ancien membre de Starflam contient, en effet, en elle les différentes facettes de cette problématique complexe. Et c'est justement ce parcours chaotique qui l'a mené jusqu'à son premier album solo que l'artiste, doublement récompensé aux "Octaves d'Or 2008" conte sur "Hôtel Impala".
Ce nom est celui d'un hôtel appartenant à son père, homme d'affaires, père de sept enfants, vivant entre la Belgique et Lubumbashi et coupable d'avoir cédé le temps d'une nuit à la tentation de l'union illégitime. Avec comme fruit, ce garçon nommé Baloji (démon, en swahili), né le 12 septembre 1978. Durant quatre ans, Baloji grandira aux côtés de sa mère jusqu'au jour où, peut-être pour expier sa faute, son père l'embarque avec lui pour la Belgique, du côté de Cointe (Liège), où il va installer sa famille. Voilà donc le garçon de quatre ans bombardé "frère" de personnes qu'il n'a jamais vues auparavant. De quoi, comme il le chante, se sentir étranger au sein de ce qui est censé être ta famille. D'autant plus que, et c'est humain, sa nouvelle mère ne faisait pas preuve de la même affection envers cet enfant, né d'une infidélité de son mari, qu'avec sa propre progéniture.
Jeunesse difficile
La suite était pratiquement cousue de fil blanc : caractère perturbé, blessures intérieures qui ne s'expriment pas au grand jour vu la culture africaine du "non-dit", scolarité en danger et complètement abandonnée d'ailleurs à 16 ans. Un an après qu'il ait définitivement claqué la porte du domicile familial pour préférer les squats et la petite délinquance. Petits larcins, démêlés avec la police et, à 20 ans, menace d'expulsion suite au non-renouvellement de ses papiers. Mais Baloji s'est forgé le caractère, il ne se laisse pas faire. Entouré de ses nouveaux amis, avec qui il a formé le groupe de rap "Malfrats linguistiques", il s'investit dans le rap et ne baisse pas les bras quand il est embarqué dans le parcours du combattant de la régularisation.
A l'aube du XXIe siècle, tout semble s'arranger. Les papiers sont obtenus et son groupe, rebaptisé "Starflam", connaît un succès inédit pour un groupe belge de rap. En 2004, après un troisième album et la tournée qui le suit, Baloji tourne le dos à cette belle histoire. Trop de dissensions au sein du groupe. Désemparé, il met un peu de temps avant de penser à une carrière solo. Le déclencheur sera une lettre de sa maman, la vraie, qui l'a vu dans un clip à la télé et l'a reconnu.
Tourbillon d'émotion
Il met trois mois avant de se décider à téléphoner à cette femme qu'il a quitté 23 ans plus tôt. Et lorsqu'elle lui demande de raconter sa vie, il décide de le faire sur disque, "Hôtel Impala" est né. Un album qui ne se contente pas de raconter son histoire. Les tourments personnels y débouchent sur des problématiques plus larges : le gâchis africain, l'identité "afropéenne", les drames de l'immigration,... Sur fond de hip-hop, slam, soul, funk, afro-beat, et avec l'ombre de Marvin Gaye qui plane, ce disque ne cède jamais gratuitement à la colère ou à l'apitoiement. Et à l'image du concert que nous avons vu au Botanique entraîne l'auditeur dans un tourbillon rythmé et dansant d'émotions et de réflexions. En un mot comme en cent : un rendez-vous à ne pas rater, le dimanche en début de soirée.
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