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Couleur Café
Tiken Jah Fakoly, fier d'être debout
Alexandre Alajbegovic
Mis en ligne le 25/06/2008
Le reggae africain n'avait plus connu pareille star depuis Alpha Blondy. En douze ans et six albums, Tiken Jah Fakoly s'est imposé comme la nouvelle voix de la cause africaine, dénonçant l'injustice, l'inégalité et la corruption aux quatre coins de la planète. Dans son ascension, Tiken Jah a aussi connu l'exil, celui qui l'a poussé à quitter sa Côte d'Ivoire natale pour trouver refuge au Mali. Un départ forcé dû à ses prises de position en 2000, lorsqu'il dénonça le non-respect du processus démocratique lors des élections. Depuis, le descendant mandingue a énormément voyagé, et ce n'est plus seulement aux Africains qu'il parle désormais de l'Afrique, mais au monde entier. L'album "Coup de gueule", sorti en 2004, était empreint de cette volonté, "L'Africain" reste dans ces rails.
Pour Tiken Jah, l'Afrique a besoin qu'on lui tende la main. "Tous les jeunes ont envie de quitter l'Afrique car il n'y a tout simplement aucun avenir pour eux. Il n'y pas d'espoir, les étudiants n'ont pas d'avenir, les paysans travaillent encore avec des moyens archaïques, l'été. En Belgique, j'imagine que personne ne travaille à la main, qu'il y a des machines un peu partout. Et comme nous sommes sur la même planète que les Belges, nous pensons que les politiques auraient pu mettre un système en place, afin de permettre à ces agriculteurs africains d'avoir du matériel moderne, pour pouvoir travailler moins et gagner plus".
Tiken Jah n'enco rage pas pour autant les siens à quitter le continent. Il le sait, l'Afrique a besoin des siens pour s'en sortir. Dans "L'Africain", il dénonce d'ailleurs l'idée d'un eldorado occidental avec "Où aller où", ou encore "Un Africain à Paris", une reprise du "Englishman in New-York" de Sting. "Jamais je ne pousserai les jeunes à quitter l'Afrique. C'est pour ça que dans l'album, je leur raconte la traversée de l'océan qu'il faut entreprendre pour rejoindre l'Europe. Je leur décris aussi les conditions dans lesquelles vivent nos compatriotes, qui sont déjà dans cet eldorado. Mon devoir, c'est de les faire réfléchir plusieurs fois avant de partir. Mais ils doivent avoir le droit de partir !"
C'est l'un des autres thèmes de l'album de Tiken Jah Fakoly, le droit pour les Africains de se mouvoir, selon la liberté essentielle d'aller et venir. Le titre "Ouvrez les frontières", en duo avec le rappeur marseillais Soprano, est un appel sans détour. "Les Occidentaux viennent chez nous quand ils veulent, où ils veulent. Ils demandent un visa le matin pour le Mali ou le Cameroun, ils l'ont le soir et le lendemain ils sont dans l'avion. Pour un Africain, il est devenu quasiment impossible d'improviser un voyage en Europe. Or, l'immigration a toujours été un phénomène naturel. Aujourd'hui, les gens sont choqués de voir des Africains aux frontières, et 'd'accueillir toute la misère du monde'comme disait récemment Nicols Sarkozy. Il oublie que l'Afrique a accueilli beaucoup d'entreprises françaises, qu'elles continuent à piller les richesses de notre continent ! En gros, les richesses africaines n'ont pas besoin de visas, mais les Africains oui".
On l'aura compris, le coeur de Tiken Jah ne bat que pour sa terre, de ses ancêtres à son futur. Son Afrique, il en est fier, et revendique haut toute sa richesse humaine et culturelle. "On a longtemps essayé de nous faire croire que nous sommes un peuple misérable, que nous sommes un peuple pauvre. C'est faux, l'Afrique est l'un des continents les plus riches à l'heure actuelle. Le paradoxe est que les Africains sont parmi les plus pauvres sur la planète. On a connu 400 ans d'esclavage, la colonisation, et aujourd'hui pourtant, quand tu arrives à l'aéroport, on t'accueille avec un grand sourire. Rester debout après tous les coups encaissés, il y a vraiment de quoi être fier !"
Après avoir rempli deux AB en octobre 2007 et en avril dernier, Tiken Jah sera samedi soir à Couleur Café. Quand on sait l'énergie scénique du bonhomme, il serait un luxe de s'en priver.
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