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Album
La Bruni, c'est gentil
dominique simonet
Mis en ligne le 10/07/2008
Analyse
Il y a six ans, quand Carla Bruni sortait un album, c'était celui d'un ex-mannequin, actrice du dimanche, qui voulait faire chanteuse. Cela ne lui a pas mal réussi puisque "Quelqu'un m'a dit" fut un des grands succès phonographiques de cette année-là, couronné, en 2003, par une Victoire de la musique.
En réalité, c'est l'interprète et la compositrice qui s'imposaient puisque, en 2000, l'auteur avait déjà fait ses preuves en signant six textes pour l'album de Julien Clerc, dont celui de la chanson-titre : "Si j'étais elle." Rayon crédibilité, Carla Bruni est donc intouchable. Début 2007, elle publie un album dont les chansons sont des adaptions de textes de poètes anglo-saxons : "No Promises" ne les tient pas, ses ventes déçoivent.
En 2008, celle qui n'est pas à une première près devient la première première dame de France à publier un album de variétés. De là le bazar médiatique entourant cette sortie. Mais pour l'artiste qu'elle est vraiment, ce n'est qu'un troisième album, le deuxième signé de sa plume, celui où elle sait être attendue au tournant.
Négocié en douceur, le virage. "Comme si de rien n'était" est de la même fraîcheur un peu sombre que "Quelqu'un m'a dit". La palette instrumentale est considérablement plus étendue. Outre les classiques guitare, piano, basse, batterie, on y entend toute une gamme de claviers (orgue, Fender Rhodes), de cordes (mandoline, banjo, pedal steel, autoharp, dobro).
Palette sonore
Le vibraphone ajoute une touche jazz au blues "Tu es ma came"; le quatuor à cordes, arrangé par Benjamin Biolay, enlace "L'amoureuse"; l'escapade d'une flûte soulève "Ta tienne"; l'harmonica rapproche "Notre grand amour est mort" du Neil Young country époque "Harvest"; cor et tuba basse enfanfarent "Ma jeunesse" un peu à la Beatles; un banjo titubant donne un air de western spaghetti déjanté à "Il vecchio e il bambino". A l'extension de la palette sonore correspond donc une diversification stylistique. Ajoutés aux guitares rythmiques, vibraphone et clarinette rattrapent "Le temps perdu" en jazz à l'ancienne.
Plus riche, plus variée, l'instrumentation ne pèse pourtant pas sur les textes ni la voix. Polyinstrumentiste et vieux routier des manettes, le réalisateur Dominique Blanc-Francard a travaillé avec le doigté nécessaire.
Voilée, la voix de Carla Bruni le vaut bien, qui expose sans ambages ses fêlures, ses failles, sa mélancolie. Pour quelqu'un ayant nagé en eaux superficielles, et ce n'est sans doute pas fini, il faut reconnaître à la chanteuse une vérité vocale qui la rend, réellement, touchante. Il y a du vécu, il y a du Barbara dans la voix qui interprète "Ma jeunesse", "Péché d'envie".
Les thématiques qu'aborde l'auteur lui sont désormais classiques : amour, temps, mort. Quand les trois s'emmêlent, ça donne "Notre grand amour est mort". In fine, "et jusqu'à l'extase, j'enlace le temps" ("L'antilope") . On sent beaucoup d'histoires personnelles dans ces textes, ce qui peut les rendre attachants mais aussi un peu légers et solubles dans... le temps.
Signe que l'artiste garde une certaine autonomie, ou que l'amoureuse l'emporte en se laissant emporter, quelque légèreté, quelque lesterie titille deci-delà : "Je t'aspire je t'expire et je me pâme", "Viens donc là que je te goûte, que je te hume", "Quand tu pars, c'est l'enfer et ses flammes, toute ma vie, tout mon corps te réclame" ("Tu es ma came"). "Malgré mes quarante ans, malgré mes trente amants" ("Je suis une enfant") On imagine Mesdames Chirac, Mitterrand, Giscard d'Estaing... Soit. Cela reste bien gentil, malgré tout. Tannées par les médias, certaines chansons de "Quelqu'un m'a dit" ont perdu de leur charme avec... le temps, pour devenir énervantes. Qu'en sera-t-il de celles-ci ?
"Comme si de rien n'était", Naïve, PiaS. En magasins le vendredi 11 juillet.
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