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Brel
Sur les traces de M. Maurice et de l'ombre du chien
Dominique Simonet
Mis en ligne le 09/10/2008
Il a déjà été tellement écrit sur Jacques Brel, que peut donc apporter une nouvelle biographie? Tout dépend de l'angle choisi pour aborder le personnage évidemment. Celui choisi par Eddy Przybylski résulte d'un précédent ouvrage, "Brel à Bruxelles", où son auteur suivait l'artiste pas à pas dans les maisons, salles de concerts, et tout autre lieu par lui habité. A la suite de cette publication, beaucoup de témoins se sont manifestés, qui ont amené le journaliste à en solliciter d'autres. Ils sont quelque deux cents à apporter leur pierre à "La valse à mille rêves", qui dessine un profil très personnel de l'artiste, mais aussi de l'homme.
Personnage complexe s'il en est, outrageusement contradictoire et aux propos souvent fantaisistes, pour ne pas dire peu crédibles. Ce livre ne lève bien sûr pas toutes les interrogations, mais éclaire à sa manière l'œuvre et "un homme extrême dans ses qualités et ses défauts, précise Eddy Przybylski. Il eut une enfance bourgeoise, privilégiée, qu'il a mal vécue. Dès les années cinquante, le chanteur disait déjà qu'il arrêterait la chanson. Il faisait à fond tout ce qu'il entreprenait puis, lassé, s'en détournait. Idem pour ses amis, ses femmes qu'il a à peu près toutes lâchées. Il en eut parfois plusieurs simultanément. Dans les années chanteur, il n'était pas dragueur, c'est venu après, durant sa période cinéma, fin des années soixante. Au temps des hippies, il n'était pas du tout pour la guerre..."
La journaliste Danièle Heymann était là lorsque Brel chanta, pour la première fois et à trois reprises, "Ne me quitte pas" à la destinataire, Suzanne Gabriello, dite Zizou. Le chien de Suzanne, dont l'auteur implorant voulait devenir l'ombre, était "un horrible teckel marron"... Et puis, chanter "Ne me quitte pas" à quelqu'un qu'on va finalement plaquer...
L'enquête, car c'est bien de cela qu'il s'agit, a mené à de curieuses découvertes. Un condisciple de l'école primaire, Joseph Malcorps, a gardé des photos d'un spectacle où Brel joue le fou du roi entouré de huit pages. Déjà vedette. Et qui chante la partie chantée? Le fou du roi. Pierre Brel, frère de Jacques, a largement répandu l'histoire de ce Monsieur Maurice, qui fut instituteur de Jacques et amant de leur mère Lisette. "Quand je demande à Jo Malcorps s'il a bien connu M. Maurice, il me répond: 'frère Maurice?' Le double problème de la vie de Brel, les prêtres et les femmes, on peut imaginer d'où ça vient."
D'autres témoignages font date, comme celui du professeur Israël, cancérologue, à propos de la mort de Brel, ou celui de Paul Braffort à propos des débuts pénibles à Paris. Brel n'a peut-être pas dormi sur un banc comme il le prétend, mais bien sur un billard et dans une roulotte. "Il avait quitté la cartonnerie familiale. Quand il eut des problèmes à Paris, par orgueil, il n'aurait jamais voulu revenir. S'il était rentré, sa carrière d'artiste se serait arrêtée là." A quoi ça tient...
Jacques Brel, La valse à mille rêves, Eddy Przybylski, l'Archipel, 765 pp., env. 25€
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