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Rock
U2 à la conquête de l’horizon
Vincent Braun
Mis en ligne le 25/02/2009
Il suffit de si peu pour qu’un plan marketing foire ou réussisse, c’est selon. Si peu, comme ces deux malheureuses petites heures voici quelques jours durant lesquelles une filiale australienne d’Universal Music a mis en ligne par erreur (avant la date officielle de lancement) le nouvel album de U2. Il n’a pas fallu davantage pour le onzième disque studio du groupe irlandais (si l’on excepte l’hybride "Rattle And Hum") se retrouve sur les principales plateformes de téléchargement de musique non agréée. Et donc aux quatre coins du monde.
Le bien nommé "No Line On The Horizon" venait de passer le mur du son et d’exploser tous les horizons en moins de temps qu’il ne faut pour l’annoncer. Cet horizon que la pochette du disque montre dans une version troublante et énigmatique : une photographie en noir et blanc de la mer signée par l’artiste japonais Hiroshi Sugimoto, tirée de sa série des "Paysages marins", et barrée de deux traits à l’instar du signe mathématique "égale".
Truffé d’électro
Cette fuite, savamment orchestrée ou non, et le buzz qui s’ensuivit sont toujours bons à prendre. Y compris quand on s’appelle U2. Surtout même. Ce n’est d’ailleurs pas une première, loin s’en faut. Un nouvel album du "plus grand groupe de rock au monde" - titre qu’il partage avec quelques autres - est toujours un événement. Et attise toutes les convoitises.
C’est que U2 n’est pas n’importe quel groupe. Vu la stature qu’il a acquise au cours des trente dernières années, en tant qu’icone d’un rock enflammé et engagé. Vu le capital sympathie dont il jouit, à l’image de Bono, son charismatique chanteur, omniprésent sur les scènes musicales, humanitaires, comme la lutte contre le sida en Afrique, ou lors des sommets politiques et financiers.
C’est d’ailleurs sur le Continent Noir, au Maroc, qu’a débuté la nouvelle entreprise. L’enregistrement du disque a commencé à Fez, comme en témoigne le morceau "Fez-Being Born", pour se poursuivre chez eux à Dublin, puis à New York et Londres.
Quatre ans et quelque après "How To Dismantle An Atomic Bomb" qui marquait les retrouvailles du groupe irlandais avec le réalisateur de ses débuts, Steve Lillywhite, le nouvel album est l’œuvre des fidèles Brian Eno et Daniel Lanois (Danny Lanois comme il est crédité cette fois). Un tandem dont la première collaboration avec le groupe remonte à l’impérissable "The Unforgettable Fire", il y a vingt-cinq ans, et la précédente à l’avant-dernier et dispensable "All That You Can’t Leave Behind", en 2000. Hormis deux titres pris en charge par Lillywhite ("I’ll Go Crazy If I Don’t Go Crazy Tonight" et "Breathe") et le final "Cedars Of Lebanon") par Lanois, tous les morceaux sont dus au tandem anglo-canadien. Avec, à en juger par l’empreinte sonore du disque, un certain ascendant pris par le sorcier Brian Eno, qui a par ailleurs tenu lui-même les boîtes à rythmes, les synthés et la programmation. Les onze titres sont non seulement truffés de sonorités électroniques, mais celles-ci sont souvent aux premières loges, composant des paysages synthétiques pour les intros et autres passages. On n’ira pas jusqu’à dire que U2 refait le coup de "Achtung Baby" (1991), pierre angulaire du renouveau du groupe et de son ouverture aux sonorités techno et dance. Mais celles-ci sont aujourd’hui digérées et se mêlent plutôt bien au style rock extraverti du groupe. Elles donnent aussi aux compositions un caractère tantôt lyrique tantôt mystérieux, quand ce n’est pas carrément énigmatique, voire mystique.
L’ouverture donne le ton. "No Line On The Horizon" développe une grosse rythmique électro distordue sur laquelle Bono pose des vocalises écorchées. Distorsion toujours, mais littéralement ronflante, pour l’intro de "Magnificent", parsemée de quelques accords de synthé vintage. Le poignant "Moment of Surrender" fait penser à un morceau enregistré au début des années 90 sur le projet "The Passengers" du même Brian Eno Avec un Bono plus soul que jamais, arc-bouté sur ses cordes vocales, et The Edge servant une partition très blues.
Complexe et efficace
Un peu en retrait du ton général, "I’ll Go Crazy If I Don’t Go Crazy Tonight" sert un refrain mordant, mais les arrangements partent dans tous les sens, avec notamment un violon lancinant. Puis vient "Get On Your Boots", le premier extrait de l’album déjà en radio et tout à fait dans la ligne de "Vertigo", qui était le premier extrait de l’album précédent Très rythmé, le morceau joue la carte électro en plein avec ce phrasé très rappé de la part de Bono. "Stand Up Comedy" poursuit dans le même esprit, avec une rytmique très hachée, un chant qui l’est tout autant, et une guitare très mordante. Une optique que "Breathe", assez agressif dans ses couplets, reprend également à son compte un peu plus tard, bien que le refrain soit plus lénifiant. "White As Snow" (sic) est une ballade qui désamorce un peu les tensions à l’approche de la fin de l’album. Quant à "Cedars Of Lebanon", il clôt l’album très sereinement avec un chant aux allures de spoken word.
Au final, après deux ou trois écoutes, "No Line On The Horizon" apparaît comme un disque plus complexe qu’il n’en a l’air et globalement efficace. Mais le tout sonne très "arrangé", ce qui donne bien sûr lieu à de riches et multiples atmosphères, mais pèche parfois par excès.
"No Line On The Horizon" (Universal) sort ce vendredi 27 février.
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