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Rencontre
"Pour faire rêver, la fantaisie suffit"
CAMILLE PEROTTI
Mis en ligne le 22/05/2009
Je pense que vous découvrez qu'il existe une scène québécoise foisonnante et éclectique avec des influences diverses. Comme si un sillon se créait en dehors des routes de la variété pure, du "sport vocal". Grâce au web, nous sommes plus voisins qu'on ne le pense." Ariane Moffatt constitue l'un de ces "arrivages" de qualité outre-Atlantique. Depuis quelques années, elle se fraie un chemin en Europe, d'abord en assurant la première partie d'Alain Souchon, ensuite en se produisant en duo avec M, enfin, avec sa propre musique. Son troisième album, "Tous les sens" (Sony) mêle habilement électro et acoustique, la pop aux sonorités groove habillées de textes bien écrits, délicats et enjoués.
Sur votre site internet, vous dites que vous avez essayé de rendre cet album plus "homogène". Dans quel sens ?
Ma façon de créer, c'est faire rencontrer des contrastes, avec l'alliage de différentes influences. L'homogénéité se situe plutôt au niveau de la palette globale du disque. L'inspiration vient plus dans le désir et l'amour heureux, moins dans les tourments et le spleen. Comme je le dis dans la chanson "Je veux tout", il est difficile de faire des choix mais ma ligne d'horizon a toujours été d'obtenir un équilibre entre électro et acoustique et même d'essayer de confondre les sources. Pour cet album j'avais envie de donner une impression "happy" avec des influences sixties.
Pourquoi avoir choisi "Je veux tout" pour single ?
C'est un hymne qui met en lien les comportements de notre époque, notre incapacité à choisir. à consommer et à jeter, autant les idées que les gens et les objets. Il ne faut pas, bien sûr, la prendre au premier degré, c'est pourquoi je trouve qu'elle représente le ton coloré de l'album.
Pour l'écriture, vous vous êtes plus tournée vers l'extérieur et moins vers l'introspection. Pourquoi ?
Pour mesurer ma capacité de le faire et m'assurer que je n'étais pas éternellement en train de subir mes chansons, de me mettre dans un état dur pour arriver à créer. J'avais besoin de tester si je pouvais apporter un éclairage différent. C'était donc un effort conscient pour défier mes limites : écrire des choses qui peuvent sembler plus légères mais avec une certaine profondeur pour qu'elles ne paraissent ni futiles ni éphémères. Faire un album, c'est apprendre son métier parce que chacun est une tentative.
Comment s'est passée la création ?
Pour faire quelque chose de plus instinctif et charnel, il ne fallait pas que cela dure longtemps. L'écriture s'est faite plus rapidement, je ne me suis pas complètement arrêtée de vivre.
Quelle est l'importance de l'interprétation ?
L'identité de la chanson se crée à partir du moment où je la chante en studio. Par exemple "Briser un cœur" peut vraiment être comme une chansonnette, il y a un côté "I'm singing in the rain", dans ma tête, j'ai comme une photo pour imaginer dans quel décor se déroulerait la chanson, cela m'incite à la chanter d'une certaine manière.
Vous chantez en français sur des rythmes anglo-saxons, est-ce que votre identité québécoise vous influence ?
Je suis à cheval entre deux cultures. Notre situation géographique détermine aussi notre culture. Les grands espaces m'inspirent aussi.
Vous allez vous produire aux Francofolies de Spa où vous recevrez le prix Rapsat Lelièvre. Ce n'est pas la première récompense...
Cela fait toujours plaisir même si je ne fais pas la liste des bourses dont je rêve. La vraie gratification, c'est la création. Elevée pour la performance, il est indéniable qu'une part de moi aime ça mais ce n'est en aucun cas une finalité. C'est la scène que j'attends avec impatience et qui sonne comme une récompense. Elle est très liée au jeu, je me sens gamine avec les instruments, comme une liberté immense que je ne retrouve nulle part ailleurs.
Pour transmettre ce côté ludique, y aura-t-il une scénographie particulière ?
Pour l'instant, au niveau vestimentaire on espère que cela sera coloré. J'ai monté un groupe avec des musiciens français. Par rapport au Québec, les moyens sont beaucoup plus réduits donc il faut imaginer. Au fond, on n'a pas besoin de grands moyens pour faire rêver les gens. La fantaisie suffit.
© La Libre Belgique 2009
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