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Reine Elisabeth

Noah Bendix-Balgley au naturel

Martine D. Mergeay

Mis en ligne le 27/05/2009

La calme autorité n'exclut pas la passion.

Le deuxième concert de la soirée s’ouvre à nouveau sur un chef-d’œuvre, la sonate de Debussy, dont l’Américain Noah Bendix Balgley, 24 ans, livre une approche impressionnante de maîtrise, de style, de goût (en duo avec la pianiste Reiko Hozu). Cet ancien élève d’Ana Chumachenko à la Musikhochschule de Munich (où il vit aujourd’hui) y multiplie les couleurs, en soutient avec élégance la versatilité, les changements d’ambiance - et l’on sait combien cette courte sonate renferme de richesses - toujours avec beaucoup de naturel et ces brusques élans de passion consentis par le compositeur à un moment où il se savait très malade et en danger.

L’approche par le jeune Américain d’"Agens", l’œuvre inédite imposée de la Coréenne Cho Eun-Hwa, est différente de tout ce qu’on a entendu jusqu’ici : féline, poétique, insidieuse en quelque sorte, sa version raconte Les sonorités sont assez douces et rondes (Noah joue un Lorenzo Storioni 1779), les phrasés, souples, comme dans Debussy, et le dialogue avec l’orchestre excellent. Le musicien semble entretenir avec la pièce un rapport pacifique voire complice qui, dans les faits, aboutit à une version sensible et mûrie, aux allures étonnamment classiques. Ne perdons pas de vue (d’écoute) que l’orchestre lui-même se familiarise avec l’œuvre, tout comme l’oreille de l’auditeur.

Noah Bendix-Balgley a choisi de jouer le concerto de Brahms, ce qui, après ce qu’on vient d’entendre, s’annonce prometteur. Naturel et maturité sont en effet les traits qui dominent le jeu du musicien, terrain idéal pour déployer de façon "organique" l’inspiration brahmsienne. Toute technicité et toute ostentation effacées, même dans la cadence, le premier mouvement s’évade du concours. On écoute Brahms.

Après un prélude additionnel et prolongé de sonnerie de gsm, l’adagio, introduit avec grâce - et cette fois "officiellement" - par les bois, poursuit dans la même veine de calme autorité mise au service d’un chant ample et serein, hymnique. Mais le retour à la danse finale, terrestre, populaire, endiablée, ne manquera pas d’esprit pour autant. Quelques signes de fatigue ne compromettront par l’élan et la verve joyeuse de cet allegro où Noah montrera qu’il sait aussi prendre des risques et s’en amuser.

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