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Concours Reine Élisabeth
Gatto révélé par Enescu
Martine D. Mergeay
Mis en ligne le 27/05/2009
Pour son épreuve finale - qui se révélera un concert à part entière - le Belge Lorenzo Gatto, 22 ans, a choisi un programme passionnant dans lequel la 3e sonate de Georges Enescu ferait presque office de pièce maîtresse par ses proportions, sa densité musicale et sa profonde originalité. L’entrée en matière est magnifique : un thème mélancolique aux accents immémoriaux venant d’un monde vaste et attirant. Aucune virtuosité apparente mais le goût d’un maître dans l’approche de cette sonate faussement populaire et vraiment savante, chef-d’œuvre de son auteur. Amples sonorités, intensité mélodique, justesse miraculeuse (Enesco sort de l’ordre tonal), le musicien capte l’écoute, intrigue, emporte. L’andante aux mélismes audacieux et l’allegro final mu par un seul et puissant élan, confirment les immenses qualités du musicien (et de sa partenaire, la pianiste Eliane Reyes !) et la pertinence de son choix. Dans "Agens" de Cho Eun-Hwa, la sonorité puissante et chaude du musicien se révèle un atout précieux. Très concentré, mais détendu, il offre de cette pièce, dont on a déjà souligné les énormes difficultés, une version ferme et maîtrisée, à la limite de la sévérité, marquée par une forme d’objectivité, même dans la cadence et même dans la section finale dont le mystère restera absent.
Et dans Pagnini ? Pièce de charme et de virtuosité, au caractère délicieusement belcantiste, le concerto se situe aux antipodes de la sonate entendue une heure plus tôt, mais on se souvient des Caprices du premier tour L’entrée dans l’allegro initial - pris dans un tempo prudent - est un peu crispée mais qu’apparaisse la première mélodie et la détente s’installe (tout étant relatif ). Ce premier mouvement sera malgré tout mené sur le mode d’un combat où le violoniste apparaîtra le plus à son affaire la où les difficultés techniques sont les plus affolantes. Mais au-delà de la performance, Lorenzo ne semble pas viser le clin d’œil, la fantaisie, l’ultime panache qui donnerait à cette musique tout son sel (vifs applaudissements des nombreux distraits). Comme dans le concerto de Mozart, l’adagio révélera le pouvoir de chant d’un musicien sachant aménager les subtiles surprises qui touchent, avant un finale brillant, parfait, décontracté même, auquel ne manque qu’un petit grain de folie.
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