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Concours Reine Élisabeth | Mercredi soir (1)

Chen Jiafeng généreux

Martine D. Mergeay

Mis en ligne le 28/05/2009

La sonate de Ravel tarde à décoller. Imposé plein de trouvailles, concerto vaillant.

Imaginez Tchang descendu d’une planche du musée Hergé fraîchement inauguré pour participer à la grand-messe culturelle de son pays d’adoption : c’est le jeune Chinois Chen Jianfeng, 22 ans, premier finaliste de la soirée de mercredi. Le choix de la sonate de Ravel - qu’il donne avec l’excellent Thomas Hope - devrait servir ce fin musicien, déjà lauréat de plusieurs concours internationaux. Il aborde l’allegretto initial avec cette simplicité et cette élégance déjà appréciées aux premiers tours mais son jeu reste assez lisse, dépourvu de relief et de couleurs; le "blues" chaloupé du mouvement central est plus chatoyant et joliment dansé mais c’est le spectaculaire "perpetuum mobile" final, mené à vive allure et soudain habité, qui donne la mesure du talent du musicien en même temps qu’il semble le libérer (large sourire au public qui lui décerne des applaudissements nourris). Dans "Agens" de Cho Eun-Hwa, le jeu est d’une extraordinaire précision et - question de liberté - déjà étonnamment affranchi de la partition; les échanges avec l’orchestre sont fluides et féconds, la cadence dotée d’une intense énergie et lancée comme dans un seul élan, et les derniers échanges avec les solistes de l'orchestre, subtils, concernés, justement "dramatisés". Un imposé plein de trouvailles.

Concerto athlétique mais concerto romantique, renfermant des trésors mélodiques : dans le concerto de Tchaïkovski, Jiafeng atteste une nouvelle fois que l’intensité peut se loger ailleurs que dans la puissance. De son côté Gilbert Varga aménage une balance favorable (quoi qu’on ait pu craindre lors du prélude et à chaque tutti ). Il n’empêche, la marge de manœuvre est serrée, même sur le plan de la réalisation et parfois de la justesse, mais la musicalité et l’engagement du musicien sont irrésistibles. Ces qualités font évidemment merveille dans la "Canzonetta" centrale, sublime, frémissante, donnée avec goût - on pardonnera quelques portamentos - et joliment soutenue par l’orchestre, jusqu’à l’explosion ouvrant l’allegro vivacissimo final, et sa course échevelée. Prenant de nombreux risques et toujours dans ses sonorités austères, le musicien emportera le mouvement avec la fougue la plus généreuse, mais sans jamais perdre le contrôle, ni l’inspiration musicale.

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