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Concours Reine Elisabeth
La fascinante liberté de Gârnet
Martine D. Mergeay
Mis en ligne le 28/05/2009
On se souvient des surprises provoquées par chacune des apparitions d’Ilian Gârnet aux premières épreuves, tantôt burlesque et excessif, tantôt de l’élégance la plus raffinée (notamment dans Mozart). Sa sonate n°3 de Brahms ne fera pas exception, dont le premier mouvement, allegro alla breve, balance entre un sotto voce quasi intérieur et des éclats véhéments (partagés avec sa robuste pianiste, Margareta Cuciuc) : même avec la musique pure, Ilian raconte quelque chose; totalement habité, disposant de moyens confondants, il donne accès à un monde - son monde - dans lequel l’écouteur ne tarde pas à trouver ses repères et même à se reconnaître. Adagio d’une évidence calme et poignante (un trait chez le Moldave), scherzo ouvert sur le mode d’une joyeuse ritournelle et glissant dans des zones inquiétantes, presto final (qui aurait gagné à être enchaîné) subissant une petite chute de tension avant de s’engouffrer dans ces formidables poussées d’énergies dont Brahms a le secret : tout cela, les musiciens le traduiront avec une force contenue, de la plus grande éloquence.
Autre œuvre, autre Gârnet : on retrouve dans l’imposé son caractère entier, "excessif" (quoique ), mais aussi sa capacité à s’investir dans une nouvelle partition avec rigueur et imagination, créant, en particulier ici, une pulsation rythmique structurante et une infinité de couleurs. Petit trouble dans l’enchaînement de l’orchestre à l’issue de la cadence, et dernière section fourmillant d’invention.
Le concerto de Chostakovith sera la conclusion - l’apothéose - de la soirée. Dans le Nocturne d’ouverture, le Moldave offre non seulement la plus grande intensité mélodique mais aussi une ferme ligne directionnelle qu’il communiqua à l’orchestre. On oublie la moue caricaturale et les expressions drolatiques : on est captif. Le scherzo, éclatant de liberté, est d’une énergie, d’une précision et, une fois encore, d’une richesse exceptionnelles, Garnet semble se jouer de tout, c’est nettement lui qui entraîne l’orchestre (vers lequel, impérieux, il se retourne régulièrement). Dans la passacaille, cet excellent rythmicien a quelque mal à lutter contre l’inertie du plateau, mais qu’il aborde la cadence, et c’est son temps propre qu’il impose, jusque dans la Burlesque, menée à un train d’enfer, où le plus exposé n’est pas celui que l’on croit
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