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concours Reine Elisabeth
Mayu Kishima, un tempérament de feu !
Martine D.Mergeay
Mis en ligne le 29/05/2009
Repérée comme une des fortes personnalités de la session, la Japonaise Mayu Kishima, 22 ans, aura comblé les attentes ! Dans l’andante de la sonate n°1 de Prokofiev, donnée en étroite complicité avec Britannique Thomas Hope, elle instaure d’emblée l’atmosphère grave et dramatique de la pièce. Ampleur du son, ampleur du geste, puissante inspiration soutenue par d’immenses moyens, cette élève de Zakhar Bron semble pouvoir tout faire. Le deuxième mouvement - allegro brusco -, âpre et violent, est mené dans un engagement de tout l’être et sans que traîne la moindre scorie; les sonorités sont ici riches et chaleureuses, tout comme, dans l’andante, elles seront suspendues, lointaines, mystérieuses. Le finale bondissant est construit - et conduit - avec autorité, porté par un constant jaillissement d’idées. Cette richesse d’inspiration portera évidemment ses fruits dans "Agens" : énergie rythmique, sens de la couleur, sens de la pulsation, et, nous a-t-il semblé, fidélité scrupuleuse (même si ce terme semble très étranger au tempérament de notre artiste) aux multiples nuances prescrites par la compositrice, font qu’il s’en passe plus ici que dans beaucoup d’autres versions. Et toujours avec un feu et un naturel confondants.
Le second concerto de Brahms de cette finale allait se situer aux antipodes de celui - très "classique" - donné par Noah Bendix-Balgley, mardi. Hyper-romantique et survitaminée dès la première entrée, la vision de Mayu ne fera peut-être pas l’unanimité mais à aucun moment elle n’aura trahi son auteur. Au contraire, l’approche fiévreuse et engagée de la musicienne - toujours dans des sonorités opulentes, une technique magistrale et un excellent contrôle de jeu - rejoint le Brahms intime en même temps qu’elle souligne la profonde organicité de son écriture. Il n’y a plus qu’à espérer que ce petit bout de femme tienne le coup Rien à craindre : la cadence est hallucinante de liberté et de brio. Difficile d’aller plus loin et pourtant, tout chez Mayu reste beau, marqué par la grâce. Le chant de l’adagio aurait pu être plus paisible mais le jeu de tension et détente qu’affectionne la jeune Japonaise y trouve bien sa place. Dans le finale, on a bien cru que Mayu allait s’envoler, et sans doute a-t-elle parfois poussé le bouchon un peu loin (avec quelques petits dégâts collatéraux) mais le bonheur était là, un bonheur rare et profond.
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